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Age tendre et tête de bois - partie 1

AurelienP - 19/07/2008 à 21:24

Anne-Marie Sohn, professeur d'histoire contemporaine à l'Université de Rouen, spécialiste de l'histoire des femmes, des jeunes et de la vie privée, nous trace l'histoire de la jeunesse des années 1960 dans son ouvrage âge tendre et tête de bois. Pour l'auteur, c'est pendant cette période que les jeunes prennent conscience de leur force sociale en France. Elle est aussi connue pour Chrysalides. Femmes dans la vie privée ( XIX-XX siècles ) paru en 1996 dans Publications de la Sorbonne, issu de sa thèse d'histoire et pour Du premier baiser à l'alcôve. La sexualité des Français au quotidien (1850-1950) paru en 1998 chez Aubier.

Anne-Marie Sohn cherche, dans cet ouvrage, à définir les signes extérieurs de la jeunesse, ses caractéristiques et l'image qu'elle renvoie à la société. En quelques années, le mot « jeune » est employé pour définir les adolescents, les jeunes adultes. Cela entraîne-t-il une modification réelle pour ces individus ? Ce terme, à la fois péjoratif et mélioratif, est une crainte pour les adultes et une forme de micro-société pour ces jeunes.
Et pourtant, les jeunes sont eux aussi des consommateurs, c'est d'ailleurs pour cela qu'ils seront, à leur tour, visés par la publicité. Influencés par les stars, par les magazines, ils appartiennent à part entière à la société de consommation. En effet, dans les années 60, les individus ayant entre 15 et 25 ans représentent quatre millions de consommateurs pour cinq milliards d'argent de poche. Cela pousse évidemment les entreprises à viser cette population. Si certains s'opposent aux achats des jeunes, la plupart désirent y participer, acheter les habits à la mode, les disques, une moto, voire une voiture. Malgré l'opposition devant cette consommation grandissante, personne ne peut nier, par exemple, l'intérêt de la mobylette ou de la voiture comme moyen de locomotion mais aussi comme agent de désenclavement et de mobilité géographique.
Toutefois, il est vrai qu'une mise en scène de l'individu à travers les habits, le maquillage ou la possession d'une moto dans les années soixante est nettement remarquable. La représentation de soi est très importante : les questions posées à Ménie Grégoire concernent, pour un grand nombre, l'aspect physique : acné, mensurations. Tout cela est source d'interrogation et de souci pour les jeunes qui voient paraître des magazines les conseillant à ce propos : un "problème" physique touchant le mental. Pour se sentir bien dans la société, l'image qu'on projette et qu'on perçoit soi-même de sa propre personne doit être convenable et donc rentrer dans les nouvelles normes que l'on s'impose alors. On note une volonté d'échapper à la différence sociale via la consommation. Cette volonté est illusoire étant donné que les milieux aisés réussissent toujours à se démarquer du peuple grâce à leurs moyens financiers.
Anne-Marie Sohn nous rapporte deux thèses opposées dans les années soixante à propos de la culture « jeune ». Selon Jean-Claude Chamboredon, il n'y aurait pas de culture jeune, alors que pour Jacques Marny, ces années verraient émerger une nouvelle culture.
Quoi qu'il en soit, la musique joue un rôle très important et en particulier via la radio. En effet la radio, accessible pour tous, programme ses émissions sur les horaires de sortie des lycées. Nous pouvons prendre l'exemple de l'émission dominante « Salut les copains » sur Europe 1 programmée du lundi au vendredi de 17h à 19h. Les jeunes consacrent progressivement plus de temps à l'écoute de la radio qui diffuse de la musique (nouvelle ou ancienne), qu'à l'écoute de disques. Ces derniers ne sont plus le moyen de découvrir de la musique ou un chanteur, mais celui de réécouter ce que les jeunes ont entendu préalablement à la radio.
La musique joue un rôle fédérateur. L'écoute de la radio, qui devient rapidement une habitude, est généralisée et diverse : musique ou informations, pour se divertir ou encore pour servir de bruit de fond.
Les jeunes s'identifient à certaines chansons, ce qui entraîne l'achat de disques ou l'enregistrement de chansons favorites pour danser ou pour se réunir entre amis. La radio et la musique sont tous deux des agents de rassemblement des jeunes. De plus, une certaine égalité existe face à la musique, même si les goûts sont socialement connotés.
De la même manière, une presse dédiée à la jeunesse apparaît, mais celle ci sépare les jeunes en deux groupes d'âge : 12-14 ans et 14-18 ans qui sont ciblés de manière différente. « Salut les copains » fait son apparition en 1962 en version papier et se vend alors à 200 000 exemplaires (le n°1) puis à 1 million en 1964 et devient rapidement une habitude : « inévitable SLC ». Pour les filles, « Mademoiselle Age tendre » paraît, et s'organise autrement : moins de sujets de mode ou de musique, et plus de conseils esthétiques par exemple.. On retrouve les thèmes principaux dans la publicité du magazine : hygiène et beauté sont très représentées.

Suite dans la partie 2 !

Tags : livres
Catégories : livres

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