Suite de l'analyse de âge tendre et tête de bois, d'Anne-Marie Sohn.
Une partie de la jeunesse critique la dérive commerciale et publicitaire de cette culture et défend la culture classique et le bon goût, surtout chez les jeunes catholiques qui relaient en partie les paroles des adultes. Cette « culture jeune » est attaquée, mais ses détracteurs y participent sans le vouloir : style vestimentaire, automobile... et stigmatisent trop facilement cette culture.
En effet, les jeunes ne lisent pas que les magazines, ils lisent les journaux, sans pour autant les lire en entier, le mettre en avant. La lecture est d'ailleurs en seconde position dans leurs loisirs. Les filles lisent plus assidûment, de même pour les plus hautes des CSP. En revanche, ouvriers et enfants d'ouvriers perçoivent cela comme une perte de temps ou comme quelque chose d'inintéressant..
De même, concernant la fréquentation des théâtres et les concerts, les différences socioprofessionnelle ainsi que géographique sont nettes. La télévision joue aussi un rôle et est connotée à l'inverse du théâtre.
Cependant toute cette culture dite jeune se superpose avec le reste de la société : une culture « normale ». C'est donc plus un signe d'appartenance, qu'une culture à part. Ce signe d'appartenance est important pour les jeunes qui se regroupent selon des goûts communs, une habitation proche. Et cela, car « on s'amuse plus facilement en groupe », « on se sent mieux ». Les réunions en groupe ou en bande ne dure qu'une période qui se termine généralement après le service militaire et le mariage. Cependant, il ne faut minimiser l'importance du groupe pour les jeunes car celui-ci organise leurs loisirs et régie leur sociabilité pendant cette période. C'est d'ailleurs pour cela qu'il y a un refus de l'organisation des loisirs par les adultes, car les jeunes ne peuvent réellement choisir quels individus y participeront. Ils aiment être libres, « traîner » dans la rue, dans les halls, qui ne sont rien d'autre que des lieux de rencontre accessible par et pour tous, phénomène plutôt percu de façon négative par les adultes. De même, les trois lieux de rassemblement et de loisir préférés des jeunes que sont le café, le cinéma et les endroits où l'on danse (chez un ami, au bal, en boite) montrent la même accessibilité et la même possibilité de rencontre.
La peur que provoque le jeune est réelle. Basée sur le port d'un blouson noir ou l'aspect hirsute d'un chanteur donc visiblement sur un style vestimentaire, elle dissimule encore celle du jeune associal, jeune délinquant, jeune dangereux. Cette peur est relayée par une presse qui, certes, se base sur des faits, mais qui finit surtout par reconnaître l'éternel malaise des jeunes.
Face à la critique, les jeunes dénoncent les travers de leurs aînés. Cette opposition permet aux jeunes de se constituer en masse face à la société. Une partie des adultes écrit des articles contre la jeunesse, la diabolise sans prendre le recul qui serait nécessaire pour percevoir que cette époque n'est pas toute différente à celle de leur jeunesse.
Cette opposition entre les jeunes et leurs aînés se retrouvent aussi dans une perception différente des loisirs et des besoins.
Ce conflit se rattache rapidement aux différences de générations marquées par l'utilisation notamment de l'expression « de mon temps ». De leur côté, les jeunes se sentent bridés, car selon eux, il y a un refus de compréhension et d'évolution de la part de leurs aînés. Cependant les jeunes ne le formulent jamais ainsi et donnent plutôt des exemples de problèmes rencontrés avec leurs parents, avec un maire, tout en utilisant des termes généraux, montrant un « conflit de génération ». Il existe incontestablement un contrôle des gestes et actes des parents envers leurs filles en particulier: il leur est interdit de sortir, de partir en vacances ou bien les jeunes « subissent » des questions : « où, comment, avec qui, quand, pourquoi ? ».
La dernière occasion d‘intervenir pour les parents est la tentative d'ingérence dans le mariage.
Il n'y a plus de plainte pour maltraitance physique, mais une certaine forme de sévice moral est ressentie comme plus importante. Les jeunes demandent des preuves d'amour, de compréhension. Il veulent des parents pas trop sévères, mais pas non plus absents, et surtout qui ont une volonté de dialogue.
Malgré des faits réel, c'est aussi aussi perceptible comme un effet de mode: une interdiction de sortie entraîne irrémédiablement l'existence d'un conflit générationnelle, tout comme la peur du blouson noir; jeunes et adultes stygmatisant le port de ce dernier. Un chiffre simple montre la réalité : 90% des enfants estiment avoir des problèmes avec leurs parents alors que ceux des amis sont merveilleux.
On ne peut nier un certain fossé entre les enfants et les parents, mais il a toujours existé. Les jeunes se plaignent de deux choses diamétralement opposées. D'un côté, ils avancent que leurs parents les poussent vers l'avenir qu'ils désirent évoquant diverses raisons : volonté d'ascension sociale, bien-être de leurs enfants, volonté de les voir réussir où eux ont échoué dans le passé. D'un autre côté, leurs parents leur laissant trop de liberté, les jeunes se plaignent d'être abandonnés, non aidés et cela pour d'autres raisons : ils doivent aider des parents ayant des soucis financiers, leurs parents sont décédés ou avares.
Malgré le fait que le loisir soit présent chez tous les jeunes, qu'il représente un divertissement, il ne faut pas l'imaginer comme quelque chose de général à toute la jeunesse des années soixante. Les loisirs rentrent à part entière dans des stratégies de distinction et de construction de l'identité chez les jeunes. Les vacances et le sport sont très prisés par la jeunesse bien qu'ils soient des signes apparent de richesse : tennis, ski, équitation ont des prix élevés. Ceux qui les pratiquent reçoivent donc de vives critiques tout en fascinant et en donnant envie à tous ceux qui ne peuvent y accéder.
La suite dans la partie 3 !
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