La Palette au taureau-Musée du Louvre

 

 

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N° inv. : E 11255
Matériaux : grauwacke, improprement qualifié de « schiste vert »
Datation : Époque prédynastique, Nagada III, vers 3300-3100 av. J.-C.
Dimensions : environ 25 cm de hauteur
Origine / mode d’acquisition : Don Tigrane Pacha

La « Palette au taureau » dite aussi « célébrant une victoire » est fragmentaire, il s’agit d’une « palette à fard » décorée en relief. On parle aussi de « palette historiée ». Malgré son état fragmentaire et grâce aux autres exemples connus, l’on peut restituer la forme générale de l’oeuvre, elle était en forme de bouclier, soit scutiforme et devait mesurée environ 50 cm de haut
Le recto présente un taureau piétinant un homme allongé et surmontant une série de cinq enseignes divines se terminant par des mains qui tiennent une corde. Au dessous, on note les vestiges d’un personnage barbu avec les cheveux bouclés comme le personnage piétiné par le taureau.
Au verso, on retrouve la même image du taureau piétinant un homme mais cette fois au dessus de deux enceintes crénelées disposées en registres et contenant chacune des dessins : un lion et un vase, et un échassier.

Cette ?uvre présente une scène essentielle de l’iconographie royale : la scène traditionnelle du « massacre des ennemis » :
Le chef représenté sous la forme d’un taureau est une assimilation fréquente du roi, à l’époque pharaonique, qui s’approprie ainsi la force physique et la puissance de cet animal. Le lion est une autre de ces incarnations comme sur la palette aux vautours du British Museum ou avec l’image typique du sphinx égyptien.
Par la suite, le roi prendra un aspect anthropomorphe comme sur la Massue du roi Scorpion (Oxford) , la Palette de Narmer (Caire) ou l’Étiquette de Den (British Museum).
Cette scène du chef piétinant les ennemis est un archétype de la fonction royale, à savoir « repousser le ennemis » et par extension « le Chaos ».

Les premières divinités du panthéon égyptien apparaissent sur ce type d’objets : ce sont ces enseignes que l’on interprète de deux façons différentes. Soit, ce sont les incarnations des dieux qui assistent le chef. En effet, ils tiennent une corde ligotant des ennemis. Soit, ces enseignes sont la représentation des provinces victorieuses. Les divinités représentées ont pu être identifiées : il s’agirait respectivement des dieux Anubis, Oupouaout, Thot, Horus et Min.

Quant aux enceintes crénelées, deux explications sont aussi possibles, soit il s’agirait des forteresses conquises à l’intérieure desquelles figure leur nom, soit des fondations royales victorieuses car les enceintes ne sont pas détruites. De plus, sur la palette du « tribut libyen », les enceintes crénelées sont surmontées d’un animal tenant une houe. Or la manipulation de la houe est bien attestée pour le rituel de fondation aussi bien à l’époque de Nagada avec Tête de massue piriforme du roi scorpion (Oxford) qu’à l’époque pharaonique dans le rituel de fondation des temples.

Ce type de documents, précoces dans la production artistique égyptienne, témoignent de la mise en place de conventions artistiques spécifiques portant sur la représentation humaine, l’association systématique du texte et de l’image, le principe de hiérarchisation et d’organisation en registre (même s’ils ne sont pas toujours marqués). Ainsi que de l’ élaboration de thèmes iconographiques traditionnelles de la royauté égyptienne : le massacre des ennemis, la représentation de l’étranger et les enseignes divines.

Les palettes à fard constituent le mobilier funéraire le plus constant du prédynastique. C’est d’abord un objet utilitaire qui a subit une évolution formelle passant de la forme géométrique la plus simple, le losange, à la forme animale (canard, poisson etc….) puis elles deviennent quasiment uniformément scutiformes et historiées, se distinguant par leurs dimensions et leurs décors. Alors, ces objets ne sont plus utilitaires mais symboliques et/ou magiques. Les premières palettes servaient à préparer des colorants destinés à être utilisés comme fard. Tandis que les palettes historiées ont une fonction purement symbolique dans la mesure où la cupule ne porte jamais de traces d’usage. Pour Mme B. Midant-Reynes, ces palettes historiées sont les témoins de la confiscation du pouvoir par certains individus à une période où est déjà en place une « caste dirigeante », capable de subvenir aux besoins des artisans.

La palette à fard, typique du Prédynastique, témoigne de la mise en place d’éléments caractéristiques de la civilisation égyptienne comme l’usage de l’écriture, les conventions artistiques et l’iconographie spécifique à la royauté égyptienne

En outre, ces objets soulèvent la question de l’historicité des représentations égyptiennes. En effet, s’agit-il de la représentation d’un événement historique précis ou a-t-on déjà là une image standardisée de la royauté égyptienne ?
La même question se pose pour toutes les ?uvres décorées de l’époque de Nagada III comme pour les manches de couteau (couteau du Djebel El-Arak – Louvre) ou les autres palettes historiées connues ainsi que pour des ?uvres de l’époque thinite comme les « étiquettes de jarre ».

Pour aller plus loin :

A. J. Spencer, Early Egypt. The Rise of Civilisation in the Nile Valley, Londres, 1993.
T. A. Wilkinson, Early Dynastic Egypt, Londres, 1999.
B. Midant-Reynes, Aux origines de l’Égypte. Du Néolithique à l’émergence de l’État, Paris, 2003.
M. Etienne, « A propos des représentations d’enceintes crénelées sur les palettes de l’époque de Nagada III », Archéo-Nil 9, 1999, pp 149-163.

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