La statue guérisseuse Tyszkiewicz – Musée du Louvre

 

« Statue de Padimahès, prêtre de Bastet, couverte de formules magiques »
Grauwacke (parfois identifié comme étant du basalte)
Epoque ptolémaïque IVe-IIIe siècle avant J.-C.
Musée du Louvre ; E 10777
H = 67, 7 cm
Donation Tyszkiewicz en 1898

La statue représente un homme debout dans l?attitude de la marche, pied gauche en avant, et présentant une stèle dite « stèle d?Horus sur les crocodiles » (ou cippe d?Horus).
L?ensemble est incomplet, le socle est absent et les pieds modernes. Le personnage est appuyé sur un pilier dorsal.
Padimahès tient devant lui une stèle cintrée d?Horus sur les crocodiles (1) qui reproduit fidèlement les caractéristiques propres à ce type d?objet. Le jeune dieu Horus, surmonté du masque de Bès, avance le pied gauche, piétine deux crocodiles et empoigne des serpents, un oryx et un lion. Il est encadré de deux emblèmes divins : un faucon sur papyrus (une forme synthétique d?Horus dans le Delta) et le lotus de Nefertoum.

Même à l?époque ptolémaïque, quand les « pharaons grecs » régnèrent sur l?Egypte, les conventions artistiques égyptiennes ont toujours été respectées car elles donnent à l??uvre son sens et assurent son utilité : le texte est associé à l?image, la statue est réalisée pour être vue de face, elle s?inscrit dans une forme géométrique simple et le personnage est représenté dans une « jeunesse idéale ». Mais à chaque époque, son style et ici l?on retrouve quelques critères caractéristiques de l?époque ptolémaïque (outre les critères épigraphiques) : la perruque en bourse laissant les oreilles découvertes, la longue jupe nouée sous la poitrine, le visage « poupin » et charnu aux traits géométriques et au sourire de convention. Si la formule iconographique du personnage portant une effigie divine apparaît au Nouvel Empire, les statues guérisseuses sont typiques des époques tardives. En outre, l?usage de la pierre dure polie est apprécié aux époques tardives.

Le corps de Padimahès est couvert de textes hiéroglyphiques et de représentations de divinités à l?exception des mains, du visage et des pieds. Ces textes « magiques » sont destinés à assurer au malade la guérison contre les morsures ou les piqûres d?animaux venimeux. En effet, les textes font allusion à un des épisodes de l?enfance d?Horus (dans les marais du Delta) où le jeune dieu fut sauvé d?une morsure venimeuse grâce aux pratiques magiques de sa mère Isis et du dieu Thot. Ce récit mythologique se conclut par la guérison de l?être divin malade et, par voie de conséquence, du malade terrestre.

La statue « guérisseuse », nous donne son mode d?emploi : il faut boire l?eau que l?on aura fait couler sur la statue et qui sera imprégnée des vertus curatives des textes magiques qui y sont gravés (l?eau était sans doute récupérée dans un bassin creusé dans le socle aujourd?hui disparu mais dont on a par ailleurs des attestations : Statue de Hor le sauveur, Le Caire (2))

La scène gravée sur la poitrine du personnage mentionne les donateurs de la statue : trois hommes, Padimahès, Pachérimout et Pachéribastet, prêtres de Bastet, déesse de Léontopolis, adorent les dieux Mahès et Bastet. Dans ce cas, la statue est considérée comme la représentation du donateur.
Elle pouvait s?intégrer dans une chapelle se trouvant sur le parvis du temple ainsi destinée à un usage public pour le bienfait de tous. Ces statues avaient double fonction, en plus d?assurer la survivance du donateur (comme c?est le cas pour toutes les statues), elle procurait un remède magique aux particuliers.

Donné en 1898 au Musée du Louvre par un collectionneur privé, l?origine géographique de cette pièce est inconnue néanmoins, les textes et les représentations nous permettent d?avancer l?hypothèse selon laquelle, elle proviendrait de Basse Égypte, et plus précisément de la ville Léontopolis car la statue est dédiée par trois prêtres de Bastet, adorée dans cette ville.

La pratique magique (3) est particulièrement importante et développée en Egypte ancienne?.rappelons nous simplement de l?affrontement des magiciens de Pharaon et de Moïse.
L?usage de cette statue relève de la « magie curative » (ainsi que la stèle d?Horus sur les crocodiles) destinée à guérir le malade. Mais il y a aussi la « magie prophylactique » (talismans, amulettes comme le hérisson qui est un prédateur reconnu des reptiles) pour prévenir de la maladie ou de divers dangers. Ces deux types de magie appartiennent à ce que Sir Alan Gardiner appelle la « magie défensive ».

(1) Annie Gasse, Les stèles d?Horus sur les crocodiles, Paris, 2004.

(2) E. Jelinkova-Reymond, Les inscriptions de la statue guérisseuse de Djed-her-le-sauveur, BdE 23, Le Caire, 1956.

(3) La magie en Égypte : à la recherche d’une définition. Actes du colloque organisé par le Musée du Louvre les 29 et 30 septembre 2000, La ducumentation française – Musée du Louvre, Paris, 2002.

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