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Statue double d’Itisen

Calcaire polychrome
VIe dynastie (d’après le style)
Paris, Musée du Louvre, Département des antiquités égyptiennes, A 43 (N 44)
Hauteur : 53,5 cm ; Largeur : 47,5 cm ; Profondeur : 38 cm
Collection Brindeau, achat 1827.
La statue représente un homme assis sur une banquette cubique à haut dossier, il est figuré deux fois dans la même attitude et avec le même costume. Depuis Jean Capart, on parle de « pseudo - groupe ». L’homme a la main gauche posée à plat sur les genoux et la main droite serrée sur une « protubérance de pierre ». Itisen porte une perruque évasée « en cloche » laissant apparaître les oreilles, un collier ousekh (= « large ») et un pagne simple court à bords arrondis et partiellement plissé.
Entre les deux représentations, sur le plat du socle, une inscription « dans le creux » donne le nom et le titre du personnage. Il est « Inspecteur des serviteurs du ka, Itisen » soit « Inspecteur des prêtres funéraires »
L’objet ayant été acheté sur le marché de l’art, on ne connaît pas son origine géographique exacte néanmoins, on connaît un autre « pseudo - groupe » d’Itisen avec le même titre conservé à Copenhague présentant en outre des similitudes stylistiques (yeux tombants, dessin du sourcil, bouche maussade, menton fuyant, organisation anguleuse du torse et du bassin, taille cintrée, jambes énormes, « protubérance » de la main droite). Or cette dernière est connu comme provenant d’une nécropole privée de Saqqara.
Cette œuvre respecte les conventions artistiques égyptiennes appliquées en statuaire :
• Frontalité
• Proportions réalistes
• inscription dans forme géométrique simple : un bloc de pierre quadrangulaire dont la base du siège donne les proportions initiales,
• conventions de polychromie (chairs sont ocre roue ; perruque noire, vêtement blanc),
• association du texte et de la représentation
• « Jeunesse idéale »
Le contexte archéologique étant précisément ignoré, la datation ne peut se baser que sur une analyse des « critères stylistiques » (donc nécessairement approximative)
Elle date assurément de l’Ancien Empire de par la simplicité des vêtements et des attributs.
De nombreux éléments la rattache à la VIe dynastie comme sa taille réduite, l’exagération de certains caractères physique (une tête plus grosse par rapport au corps plus longiligne, une taille fine, une musculature atténuée et des mains allongées, un nez allongé, l’absence de menton, des yeux très grands, tombant et dissymétriques, le philtrum très marqué, une bouche large et tombante, quelque peu « maussade », les paupière supérieures soulignées par un bourrelet), le type de la perruque à cheveux raides, évasée avec raie centrale, laissant apparaître partiellement les oreilles et cette « protubérance de pierre » qui n’est pas le « rouleau » tenue dans la main droite. Cette protubérance de pierre précédant la main droite ne se retrouve que sur des statues datées de la VIe dynastie, d’après G. Fischer dans AJA LXVI (1962, p.65, n.6). Elle est aussi présente chez Pepy II sur les genoux de sa mère (calcite, Brooklyn 39.119).
Cette statue relèverait plus du « second style » de la VIe dynastie (1), par son « maniérisme » et son « exagération ».
L’attitude adoptée par Itisen est caractéristique et est empruntée à la statuaire royale : quelques exemples en vrac : Djoser (calcaire, Caire, IIIe Dynastie) ; Djedefrê et son épouse (quartzite rouge, Louvre, IVe Dynastie) ou Chephren (diorite, Caire, CG 14, IVe Dynastie).
De nombreuses interprétations ont été avancées pour ce type de « pseudo – groupe » :
• la représentation du même individu à différents âges de la vie.
• l’image du propriétaire accompagné de son ka mais cette hypothèse s’épuise lorsque l’on est face à une triple représentation du même individu.
• L’imitation des sculptures rupestres présentes dans les tombes de Giza dès la IVe dynastie.
En tout état de cause, l’on peut considérer que ce « pseudo-groupe » ne vise qu’à multiplier les « images vivantes » du défunt.
Il s’agit d’une statue funéraire, sans doute conservée dans le serdab du mastaba, et support matériel au culte funéraire, afin que le mort puisse profiter des offrandes déposées pour lui dans la chapelle du mastaba par les prêtres funéraire (« le serviteur du ka »).
Chaque représentation du défunt est une « image vivante » animée par le rituel de « l’ouverture de la bouche ».
(1) D’après M. Baud in Les Portes du Ciel. Visions du monde dans l’Egypte ancienne, 2009, Paris, n° 84 p. 122-123, elle daterait de la Ve dynastie, mais les éléments stylistique (ou archéologiques) d’une telle datation ne sont pas développés.
Elle est jusqu'au 29 juin 2009 présentée sous le hall Richelieu au Musée du Louvre, dans le cadre de l'exposition temporaire Les portes du ciel.
Bibliographie
M. Etienne (dir.), Les Portes du Ciel. Visions du monde dans l’Egypte ancienne, 2009, Paris, n° 84 p. 122-123.
Ch. Ziegler, Département des antiquités égyptiennes. Les statues égyptiennes de l’Ancien Empire, Paris, 1997, n° 25 p. 90-93.
M. Eaton-Krauss, « Pseudo-groups », Kunst des Alten Reiches, SDAÏK 28, Mayence, 1995, p. 55-74.
Pour en savoir plus sur la fameuse expo : les portes du ciel .