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Carnets de brumes - n°1 - Exorde

Danorah - 29/10/2008 à 13:36

Aujourd'hui, j'inaugure une toute nouvelle catégorie, et un tout nouveau type de billets. Un espèce de fourre-tout où je balancerai d'un seul coup toutes mes découvertes du moment en matière de culture (au sens large, et plus particulièrement dans les domaines de la musique, du cinéma (enfin on va essayer), de la littérature (sous certaines réserves) et de la bande dessinée). Ca m'obligera à en écrire (et donc à en penser) quelque chose, sans forcément en faire des tartines non plus parce que c'est pas tout ça, mais le temps n'est malheureusement pas connu pour ses capacités d'extensibilité. En conséquence, la périodicité de la parution de ces carnets sera tout sauf... euh... périodique. La longueur sera variable aussi. Pour ce premier numéro, comme j'ai du temps et des choses à dire, ça va être long. Je préfère que vous soyez prévenus.

 

 

Carnets de brumes

1. Exorde

BD | Cinéma | Musique | Web

 

Bandes dessinées : guerre et sorcières


Gipi - Appunti per una storia di guerra (2004)

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"Quanto ti devono scoppiare vicino le bombe, per farti dire che una guerra e tua ?" (« A quelle distance de toi doivent exploser les bombes, pour te faire dire qu'une guerre est la tienne ? »)

Je l'ai trouvé en italien dans ma bibliothèque, mais il est tout à fait trouvable en français, sous le titre Notes pour une histoire de guerre (il a d'ailleurs reçu deux prix en France : prix du meilleur album 2006 à Angoulême, prix Goscinny en 2006 également).

L'histoire de trois jeunes gens, trois copains qui se retrouvent d'un jour à l'autre plongés dans la guerre, et qui sans vraiment en être conscients, vont passer du statut de spectateurs à celui d'acteurs de cette guerre. Quelle guerre ? N'importe laquelle, le propos n'est pas là. Tout ce qu'on en connaît, ce sont les bombardements, et le chaos qui règne ensuite. Le récit brouille les repères spatio-temporels (on y parle de jeux vidéo, mais l'un des protagonistes n'a jamais vu de grande ville ; les noms des villages sont italiens, mais il n'y a pas eu de villages bombardés en Italie depuis la 2e Guerre mondiale (ou alors on ne m'a pas prévenue)). Les raisons de la guerre, son étendue, sa durée, on ne les connaît pas. Et puis d'ailleurs, on s'en fiche pas mal. Gipi raconte la guerre à hauteur humaine, à la hauteur de trois jeunes paumés qui se laissent embrigader dans une organisation dont les enjeux et les agissements leur passent largement au dessus de la tête. Les relations entre ces trois adolescents sont dépeintes avec une justesse et une habileté déconcertantes, les tensions, les rapports de force, la nécessité de toujours faire bonne figure, d' « être un homme » devant les autres... et les éternelles barrières sociales, jamais totalement abolies, même entre amis, même en temps de guerre. Le dessin est approximatif, presque brouillon, et beaucoup plus impressionnant dans la représentation des paysages (urbains ou ruraux) que dans celle des visages. Conte initiatique dans un environnement perturbé par la guerre, Appunti per una storia di guerra saisit à la fois la difficulté du passage à l'âge adulte et l'horreur ordinaire de la guerre vécue jour après jour de l'intérieur. Ca secoue, c'est beau et tragique, mais jamais pathétique. Moi qui ne suis pas friande des récits de guerre, je suis restée positivement scotchée.

A part ça, vous pouvez d'ores et déjà noter dans vos petits agendas que le dernier album de Gipi s'appelle en français Ma vie mal dessinée (La mia vita disegnata male) et sortira chez Futuropolis (ça étonne quelqu'un ?) incessamment sous peu (apparemment ils espèrent pouvoir le publier avant le festival d'Angoulême qui a lieu fin janvier 2009.) (Source : http://giannigipi.blogspot.com/ )

 

Chabouté - Zoé, Sorcières, Pleine lune, La Bête (1999, 2001, 2000, 2002)

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Il s'agit d'un bon gros recueil qui réunit les quatre premiers albums noir et blanc de Chabouté. Sans rentrer dans les détails de chacun de ces quatre opus, les univers développés sont très proches de ceux de Didier Comès, avec les éléments récurrents qui les caractérisent : le village hostile paumé au fin fond de la campagne, l'idiot du village, le curé pas tout à fait net, la sorcière écartée de la communauté et tout juste tolérée, avant que l'arrivée d'un(e) étranger(e) ne fasse tout basculer... Graphiquement, même si le N&B rapproche les deux auteurs, le trait est sensiblement différent, plus griffonné et moins volontiers enlaidissant chez Chabouté (et donc plus accessible). Dommage que les histoires de ce dernier, à force de trop vouloir coller à tous ces codes, soient trop prévisibles, trop convenues pour être honnêtes. Les petites histoires qui constituent l'album Sorcières sont bien pensées, bien exécutées, mais pourtant 9 fois sur 10 on en devine la chute ; c'est rageant. La lecture en est toutefois loin d'être désagréable, et donne plutôt envie de savoir ce dont Chabouté est capable dans un registre différent.

 

Cinéma : mythes et légendes


Jean Cocteau - Orphée (1950)

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« La mort d'un poète doit se sacrifier pour le rendre immortel »

Ca m'a pris comme ça, d'un coup, j'ai décidé que zut, ça ne peut plus durer, cette inculture cinématographique. J'ai donc décidé de me mettre sérieusement à regarder des films. Pour le moment, étant donné que je ne connais strictement rien, il suffit de piocher au pif dans les rayons de la médiathèque, je suis à peu près sûre de tomber sur un titre qui manque à mon répertoire. Voilà comment je suis tombée sur Orphée. Enfin, pas vraiment en piochant au pif, mais surtout parce que j'avais envie de regarder un truc vieux, parce que j'ai un plutôt bon souvenir de La Belle et la bête, et parce que le titre de celui-ci me plaisait bien. J'ai un faible pour le mythe d'Orphée et sa dimension tragique, son goût d'inéluctable. L'interprétation qu'en livre Cocteau est pour le moins... personnelle. Je ne me sens ni le courage ni les capacités d'analyser toute la symbolique développée dans le film, d'autres l'ont déjà fait mieux que je ne pourrais le faire. Je me contenterai donc d'un « cété tro bien !!!! » assorti d'un « mm si g pa tt compri ». J'ai beaucoup aimé le personnage d'Heurtebise, et l'idée que la mort, qui nous paraît, à nous vivants, toute puissante, n'est finalement rien d'autre qu'un pion sur l'échiquier de l'univers. Reste alors une question, impérieuse, insoluble : qui donne les ordres ?

 

Michel Gondry, Leos Carax, Bong Joon-Ho - Tokyo ! (2008 )

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J'ai profité de mon week-end en Lorraine pour aller dans mon petit cinéma préféré, où j'ai loooooonguement hésité entre Séraphine (oh l'affiche ressemble à du Monet > oh j'aime bien Monet > avec une affiche comme celle-là, le film ne peut pas être mauvais !) et Tokyo ! (Michel Gondry ? > *réflexion intense* > Eternal Sunshine of the Spotless Mind ?! > la fille avec les cheveux multicolores ! > je veux voir ça !). Face à de tels arguments, vous imaginez bien que mon choix a fini par se porter sur Tokyo. Qui n'était en fait réalisé par Michel Gondry que pour son premier tiers, mais bon, peu importe. C'est donc un recueil de 3 courts-métrages, et j'ai trouvé ça plutôt cool (vous remarquerez à quel point mes avis en matière de cinéma sont élaborés). J'ai bien aimé le court-métrage de Gondry, mais pas autant qu'Eternal Sunshine etc. Mais j'ai bien aimé quand même. Surtout la transformation. (Il faut avoir vu le film pour comprendre de quoi je parle, évidemment.) J'ai bien aimé aussi ce qu'a pondu Leos Carax et les moments de folie douce qui parsèment son court-métrage. J'ai un peu moins aimé le 3e court métrage, celui de Bong Joon-Ho (pourtant je me rappelle avoir plutôt apprécié son Memories of murder, dans une vie antérieure). Je l'ai trouvé un peu longuet et pas passionnant, même si l'idée de départ était chouette (et puis j'avais envie de faire pipi alors il était temps que ça se termine).

 

Andrzej Jakimowski - Un conte d'été polonais (2008 )

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Bon alors là c'est simple, j'ai craqué pour l'affiche, et il y avait le mot « conte » dans le titre, c'était deux raisons largement suffisantes pour que j'aille poser mes fesses dans l'un des 48 jolis sièges de velours rouge que compte la salle où il passait (toujours à Nancy, toujours dans mon cinéma préféré). Bon alors en fait c'était pas mal, mais en fait, c'était un peu long. Et pourtant, j'aime les trucs contemplatifs. Mais là, je dois avouer que j'ai trouvé l'ensemble un peu lent et redondant. Le gamin qui joue le rôle principal a une bouille à croquer et son personnage est terriblement attachant, sa grande sœur aussi, et l'image de la Pologne pauvre d'aujourd'hui mérite d'être vue. Dommage que les moments de poésie loufoque n'aient pas pris plus de place, c'étaient clairement les meilleurs. Restent des images jolies, une histoire plus ou moins sans queue ni tête mais où l'imagination réussit à prendre le contrôle de la réalité sans avoir l'air d'y toucher. Et une évocation sensible des thèmes de l'abandon, de l'oubli, de la séparation...

Voilà, je voulais aussi vous parler d'Aguirre (le film de Werner Herzog), mais finalement je vous en parlerai plus tard, dans un numéro spécial consacré à Aguirre et au mythe d'El Dorado. (Ou un truc du genre, enfin on verra.)

 

Musique : Pop'n'Gum


Keane - Perfect Symmetry (2008 )

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On a tous nos péchés mignons... Pour ma part, en ce moment, c'est le nouvel album de Keane. Mais si, vous connaissez. Somewhere only we know, c'est eux. Everybody's changing, aussi. Alors certes, ça ne crève pas les plafonds de l'originalité, comme musique. Mais c'est plus fort que moi, je suis incapable de résister à cet enchaînement de titres parfaitement pop, bien calibrés, bien arrangés... voire même un peu pompiers, mais qu'importe. Ca sent l'été, le soleil, l'insouciance et ça donne envie de sauter partout. Et en ces temps de grisaille et de déprime ambiante, ce n'est pas du luxe.

A écouter absolument : The Lovers Are Losing, en reprenant le refrain à tue-tête et en sautillant comme un kangourou. Vous remarquerez que cette chanson possède sans doute le clip le plus pourri de la Terre :

Pour écouter l'album : http://www.deezer.com/#music/album/224033

 

Get Well Soon - Rest now, weary head ! You will get well soon (2008 )

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Découvert grâce à un individu dont le nom commence par un Z (non ce n'est pas Zorro), qui a décidément un certain flair pour dénicher les pépites. C'est le seul album qui ait réussi à me faire décrocher de Keane, et depuis j'en suis complètement dingue. Les premières écoutes laissent un peu indifférent, mais il faut persévérer, le jeu en vaut réellement la chandelle. Les arrangements très pop et très élégants sont superbes, parsemés de jolis petits « gling gling » célestes, de montées en puissance amples et pas artificielles ; les cuivres sont de la partie, le chant (masculin) se fait tantôt caverneux (mais moins monolithique que celui de The National par exemple), tantôt écorché et hésitant... L'album forme un tout cohérent, dont émane une puissante mélancolie et une certaine forme d'audace. Intituler ses chansons I sold my hands for food so please feed me, We are safe inside while they burn down our house, ou encore Tick tack! Goes my automatic heart (rien à voir avec Dionysos), ce n'est pas donné à tout le monde, il faut le reconnaître.

A écouter absolument : Your Endless Dream, en sortant les mouchoirs (voire les nappes si vous êtes vraiment émotifs), les trois titres à rallonge que j'ai cités plus haut, et puis en fait, euh... tout l'album. Il n'y a rien à jeter. Plus on l'écoute, plus on l'aime.

En bonus, le super clip de If this hat is missing I've gone hunting :

Pour écouter l'album : http://www.deezer.com/#music/album/118120

 

Web : utilité publique et futilité privée


Journal d'un avocat :
http://www.maitre-eolas.fr

Celui-ci, c'est un fondamental. Il faut lire le blog d'Eolas. Je suis abonnée à son flux RSS depuis quelques mois et je suis devenue complètement accro. Tout ce que la presse ne dit pas ou dit mal au sujet des affaires qui sont dans l'actualité, il le reprend en prenant le temps de tout expliquer, de A à Z, textes à l'appui, et avec une pédagogie exemplaire. Pas besoin d'avoir une formation en droit pour comprendre, c'est d'une limpidité à toute épreuve, même pour les pires profanes (et je suis la pire des pires profanes), pour peu qu'on prenne le temps de bien lire et qu'on s'accroche un peu. Ces derniers temps, son blog a été de plus en plus médiatisé, je pense que c'est plutôt une bonne chose. A noter qu'à l'occasion de la journée de manifestation des magistrats le 23 octobre, il a publié une soixantaine de textes que lui ont remis des magistrats et d'autres membres du monde de la justice. C'est long à lire, mais je ne vous ferai pas l'affront de souligner à quel point c'est intéressant.

My SES ! : http://myses.blogspot.com

Vous en avez marre de ne rien comprendre à la crise financière ? Ca tombe bien, moi aussi. Le problème, c'est que je suis aussi inculte en matière d'économie qu'en matière de droit et de cinéma. Heureusement, j'ai fini par mettre la main (ou plutôt la souris) sur ce blog, tenu par un prof de sciences économiques pour ses élèves de lycée. Ses billets au sujet de la crise financière sont extrêmement bien faits, les termes utilisés sont simples, les termes moins simples sont expliqués, le monsieur a ajouté de nombreux liens vers d'autres ressources si on veut approfondir. Je ne dis pas que maintenant j'ai tout compris, mais en tout cas je me sens déjà beaucoup moins perdue !

MyDeco : http://mydeco.com (attention, lien chronophage !)

(Site en anglais.) Bon, a priori, c'est juste un site de déco. Mais voilà, si on regarde bien le menu, il y a une rubrique "plan my room". Et cette rubrique, c'est tout simplement un accès vers un machin en flash qui permet de créer une pièce de A à Z, depuis les murs jusqu'à la décoration en passant par l'ameublement et le papier-peint. Vous voyez les Sims ? Et bien vous gardez ce que les Sims ont de rigolo (leur construire une maison), vous ajoutez pleeeeeein de meubles, plein de papiers peints, plein d'objets pour que ça soit encore plus rigolo, vous enlevez tout ce que les Sims ont d'ennuyeux (les faire vivre et évoluer), et vous obtenez le room planner de MyDeco. Génial, non ?

 

Et les livres dans tout ça, me direz-vous ? N'allez pas croire que j'ai arrêté de lire (autre chose que des bd), non non, pas du tout, mais il semblerait que l'évocation ici d'un certain sujet provoque d'étranges conflits de variables, qui risquent de rendre difficile l'évocation de l'actualité littéraire. Je me contenterai donc, quand l'occasion se présentera, d'évoquer des lectures qui ne font pas l'objet d'écrits de ma part... ailleurs. J'aurais pu traiter Alice au pays des merveilles, par exemple, que j'ai lu il y a peu, mais là j'en ai un peu marre d'écrire, donc ce sera pour une prochaine fois ^^

 

Voili voilou, ce sera tout pour aujourd'hui !

A suivre : le salon du livre jeunesse de Montreuil, l'expo sur la littérature jeunesse à la BnF, Alice au pays des merveilles (tiens ça pourrait faire un numéro spécial jeunesse !), un numéro spécial Aguirre, l'expo Emil Nolde au Grand Palais, 21 Love Hotel, le nouvel album de mYpollux, et sûrement d'autres trucs que j'oublie ou que je ne connais pas encore...

Tags : Chabouté Cocteau Eolas Get well soon Gipi Jakimowski Keane My SES MyDeco Tokyo
Catégories : Carnets de brumes

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Danorah
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Désolée, il semblerait que le parser ait une dent contre les ancres, il me les mange systématiquement, même en bidouillant le code html à la main, ça veut pas rester. Du coup ça marche pas. C'est bien dommage, mais je ne sais pas quoi y faire...

La petite folle monstrueuse aux yeux verts déménage : http://www.carnetsdebrumes.fr
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