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(Article transféré depuis le forum critiques des internautes ; j'ai pensé que finalement il serait pas plus mal centralisé ici.)
ATTENTION : cet article est susceptible de spoiler (un peu, pas trop, promis).
Comès est, paraît-il, un grand monsieur de la bande dessinée franco-belge. Je me permets d'en rajouter une couche. Comès est un grand monsieur, tout court. Parce qu'il n'a pas seulement signé des œuvres majeures du neuvième art (Silence et La Belette, pour n'en citer que deux). Il a su aborder des thèmes difficiles, dont le traitement laisse transparaître une personnalité hors du commun. Les histoires de ce formidable conteur n'ont rien d'anodin ; elles touchent au cœur de l'humain, dans ce qu'il a de plus insaisissable et de plus obscur. La marginalité, l'exclusion, la mort, la folie, la déraison, la guerre traversent l'intégralité des œuvres de Comès, sans exception. Mais c'est toujours avec un sens appuyé de la mise en scène et un goût marqué pour le fantastique que l'auteur les aborde, comme pour mieux en souligner le caractère profondément intime et viscéral. La folie est tapie en chacun de nous, le fragile mécanisme de la raison prêt à céder au moindre coup de boutoir administré par le destin.

La Maison où rêvent les arbres, (c) Casterman, 1995
Les bandes dessinées de Comès sont souvent qualifiées de romans graphiques. Le découpage en chapitres, les développements fouillés et la longueur des histoires n'y sont sans doute pas pour rien. Comès prend le temps de poser ses personnages et de mettre en place une ambiance, souvent inquiétante ou pesante. Dans Eva, huis-clos à mi-chemin entre thriller et fantastique, l'action est quasiment réduite à néant. Deux jumeaux, Yves et Eva, une « étrangère », Neige, pour un double face à face troublant, malsain, qui allie dans un mélange détonnant inceste, folie et éléments surnaturels... ou pas. Tout l'art déployé par l'auteur est de laisser planer le doute, voire certaines ambiguïtés, afin de laisser à chacun la liberté d'interpréter l'histoire comme il le souhaite. En matière d'ambiances à couper au couteau, Comès est un véritable orfèvre. Et celles qu'il réussit le mieux, ce sont les ambiances campagnardes oppressantes, option village paumé à l'orée d'un bois, paysans aux mines patibulaires, curés en soutane qui ne donnent pas envie d'aller se confesser, et vieilles bâtisses menaçantes. Amercoeur et Beausonge, petits villages des Ardennes, correspondent parfaitement à cette description, et sont les théâtres respectifs des deux plus grandes BD de Comès : La Belette et Silence. Les thèmes abordés y sont sensiblement les mêmes : les vieilles croyances, la sorcellerie, les êtres différents, marginaux, et les injustices dont ceux-ci sont victimes. Dans le premier, un couple de citadins accompagnés de leur fils autiste s'installe dans une maison de campagne dont l'ancien propriétaire s'est suicidé, et qui semble abriter d'étranges secrets. Dans le second, véritable chef d'œuvre, Silence est un jeune homme muet et simple d'esprit exploité par son maître, le riche paysan Abel Mauvy ; sa rencontre avec « la sorcière » et les révélations qu'elle lui fera sur son passé vont bouleverser le cours de sa vie, en même temps que le destin du village tout entier.

Silence, (c) Casterman, 1980
La violence est latente, se manifestant dans les regards, les attitudes et les silences, souvent psychologique mais parfois bien réelle, et même insoutenable. Les villageois sont dépeints sous leur jour le moins flatteur, leur physique reflétant leur degré de méchanceté ou de bêtise. Le phénomène prend une telle ampleur dans ces deux œuvres, la plupart des personnages y sont si laids, que si l'on n'a pas lu d'autres bandes dessinées de Comès, dans lesquelles il démontre sa faculté à dessiner de beaux visages, on pourrait croire que la laideur est tout simplement sa marque de fabrique. Que nenni, les personnages de La Belette et de Silence sont tout simplement aussi moches de l'extérieur que de l'intérieur - et il se trouve qu'ils ont une fâcheuse tendance à être vraiment très moches de l'intérieur. Entre un Abel Mauvy cruel doté d'un faciès informe et libidineux, un « Toine » couard au visage fuyant, et un sorcier dénommé « La mouche » dont la puanteur et la saleté semblent suinter à travers les pages, l'ensemble des humains qui peuplent Silence ont quelque chose d'absolument révulsant. Les personnages de La Belette ont eux aussi un physique très particulier : les visages exagérément allongés des citadins s'opposent aux faces larges et empâtées des paysans et du curé, tous ont un air veule et sournois qui fait froid dans le dos. Bizarrement (ou plutôt non, c'est parfaitement logique), dans chacune des deux œuvres, les deux seuls personnages présentant un physique qui n'inspire pas le dégoût sont les deux sorcières - bien que l'une d'elles soit défigurée. La sorcière de Silence, bien que malfaisante et obsédée par ses espoirs de vengeance, est la victime de l'infamie des paysans de Beausonge. La sorcière de La Belette, c'est... La Belette, et c'est aussi, dans le tas, l'un des rares personnages qui n'ait rien à se reprocher.

La Belette, (c) Casterman, 1983
Arrêtons-nous un moment sur cette histoire de sorcellerie. Chez Comès, la sorcellerie, ce n'est pas chapeaux-pointus-balais-volants-philtres-d'amour, non non non, vous n'y êtes pas du tout. La sorcellerie, dans l'œuvre de Comès, est une sorte de culte païen, qui n'hésite pas à faire appel aux fondements du christianisme quand le besoin s'en fait sentir, mais qui se base avant tout sur le lien très fort qui unit l'homme à la nature (faune et flore). Le principe qui semble régir cette sorcellerie est celui du transfert. Transfert d'un mauvais sort jeté à un homme vers une plante, transfert de l'esprit d'une femme dans le corps d'un oiseau, transfert d'un sévice infligé à un animal (ça marche aussi avec une simple représentation inanimée du destinataire du sort) vers la personne que l'on souhaite faire souffrir ou tuer. Elle joue énormément sur la peur (injustifiée) que ressentent les hommes vis-à-vis de la nature, crainte qu'ils compensent par l'agressivité et l'arrogance.
Comès n'hésite pas non plus à convier dans ses récits des esprits de la nature, tel « L'homme vert » dans La Maison où rêvent les arbres, des dieux païens qui prennent l'apparence d'animaux (l'homme-cerf dans Iris, où l'on rencontre également l'enchanteur Merlin... sous la forme d'un chat !), des arbres et toute une flopée d'animaux qui parlent, notamment des oiseaux (La Maison où rêvent les arbres, Dix de der, Iris, L'Ombre du corbeau).

Iris, (c) Casterman, 1991
Le thème de la nature est aussi central dans l'œuvre de Comès que celui de la folie, magistralement décrit et traité. De ce point de vue, L'Arbre-cœur constitue peut-être le sommet de la production de Comès. Une jeune femme reporter, de retour de la guerre d'Afghanistan avec un œil en moins, retrouve dans sa maison natale ses compagnons d'enfance : un nain, un bébé et un vieillard. Ambre voue un amour immodéré à un arbre (qui représente à ses yeux bien plus qu'un simple végétal feuillu) qu'elle nomme l'Arbre-cœur. Ambre est en fait victime d'un terrible morcèlement de sa personnalité, qui l'amène à commettre des actes d'une violence démesurée. Mais le récit laisse toujours planer le doute : les faits ne sont pas décrits de manière clinique, mais fantastique. L'auteur ne prend jamais position, à aucun moment il ne juge ni ne condamne. C'est au lecteur de faire seul le cheminement vers le diagnostic, et d'assister impuissant à la déconstruction de la personnalité de l'héroïne, d'ailleurs pas franchement aidée ni sécurisée par les personnages masculins qui l'entourent et la prennent pour proie. Aussi étrange que cela puisse paraître, Ambre est parfaitement consciente de sa folie, ce sont ses « compagnons » (notamment le vieillard) eux-mêmes qui lui offrent les clés pour la compréhension de son état. Le dénouement, qui laisse un goût amer de fatalité et d'impuissance, est d'autant plus navrant qu'il résulte d'un choix assumé de la jeune femme : le choix de rester murée à jamais dans la sécurité offerte par ses rêves, dans une enfance éternelle et - forcément, il faut bien se l'avouer - factice. Le thème de la folie est tout aussi présent dans Eva ; mais impossible d'en dire plus à ce sujet sans dévoiler le pot aux roses...

L'Arbre-coeur, (c) Casterman, 1988
Mais où commence la folie, où s'arrête le fantastique ? Autrement dit, à quel moment le point de vue est-il objectif ? à quel moment la narration ne retranscrit-elle que les visions d'un individu aliéné ? Comès brouille les pistes, prend soin de ne jamais rendre les choses trop limpides. Le mystère plane, et c'est tant mieux. D'autant plus que toutes les bandes dessinées de Comès font une place de choix au rêve et à l'imaginaire. La Maison où rêvent les arbres en est, comme son titre l'indique, le parfait exemple : une enfant orpheline est recueillie par sa grand-mère dans une maison perdue dans la forêt, et découvre du même coup que non seulement les arbres rêvent, mais que leurs cauchemars sont redoutables... Assez basiquement écologiste, cette parabole a pourtant quelque chose de prophétique et de profondément poétique. Toujours grâce à ces ambiances que tisse Comès autour de la nature, rendue vivante, expressive, à grands renforts de feuilles qui volent et d'oiseaux aux regards perçants.

Eva, (c) Casterman, 1985
L'expressivité tient aussi, évidemment, à la technique de dessin et de colorisation (ou de non-colorisation !) employée : le noir et blanc. Binaire. Noir, blanc, un point c'est tout. Des jeux d'ombres, de clair-obscur, mais jamais rien d'autre que du noir profond et du blanc étincelant. (Je mets volontairement de côté, pour le moment, les trois plus anciennes bandes dessinées de Comès : les deux premiers tomes d'Ergün l'Errant et L'Ombre du corbeau, qui sont en couleurs, qui constituent clairement les balbutiements de la « patte » Comès, et qui n'ont d'autre intérêt visuel que de prouver à quel point son dessin gagne en profondeur et en impact lorsqu'il est vidé de toute couleur.) Quand on parle de noir et blanc, le premier dessinateur qui vient à l'esprit est sans doute Hugo Pratt. Les univers des deux hommes, même s'ils empruntent des chemins différents, ne sont sans doute pas si éloignés. On y retrouve une nette tendance à l'onirisme, à l'exagération des traits, aux jeux de lumière ; mais Comès propose un dessin plus austère et mon crayonné que celui de son illustre confrère. Les visages qu'il dessine, comme vous l'avez sans doute compris, ont souvent un aspect repoussant, ou du moins ambigu. Autre caractéristique marquante, ils sont extrêmement statiques, presque figés ; les personnages sont fréquemment représentés bouche fermée, même quand ils parlent. Pourtant cette étrange immobilité faciale ne s'accompagne ni d'impassibilité, ni d'inertie. Au contraire, Comès parvient à leur insuffler une étonnante expressivité grâce au soin qu'il porte aux postures des personnages, à leur gestuelle, et aux cadrages. Les cases muettes, centrées sur des visages fermés entourés d'un décor parfaitement réfléchi et suggestif sont légion. Malheureusement, c'est sans doute aussi cet aspect de l'œuvre de Comès qui la rend si difficile d'accès : il faut du temps pour s'imprégner de ses personnages, de ses histoires et de sa manière bien particulière de les mettre en scène. Elles sont de celles qui demandent un investissement maximal de la part du lecteur : vous pouvez toujours attendre, rien ne vous tombera tout cuit dans le bec.

Le Maître des ténèbres, (c) Casterman, 1981
Bien sûr, l'œuvre de Comès n'est pas exempte de défauts, loin s'en faut. Les premiers albums, notamment, s'ils préfigurent déjà les grands thèmes dont il sera question par la suite, manquent singulièrement d'envergure. Petite parenthèse historique pour démêler la chronologie de la chose : la première bande dessinée de Comès, premier tome de la série Ergün l'Errant intitulé Le Dieu vivant, paraît chez Dargaud en 1974, avant d'être rééditée chez Casterman en 1980. Comès écrit ensuite le tome 2 d'Ergün l'Errant, Le Maître des ténèbres, mais celui-ci ne sera publié par Casterman qu'en 1981, après que Comès ait dû redessiner plusieurs planches perdues par son premier éditeur ! A la fin des années 1970, vient le temps des BD prépubliées dans des périodiques. Chacune sera ensuite publiée sous forme de recueil l'année suivant sa prépublication, toujours chez Casterman (sauf L'Ombre du Corbeau, chez le Lombard). Ainsi, L'Ombre du Corbeau est prépubliée dans l'hebdo Tintin en 1976 et 1977, puis viennent Silence, La Belette, Eva, L'Arbre-cœur et La Maison où rêvent les arbres, tous publiés dans le mensuel (A Suivre) de Casterman entre 1979 et 1994. Enfin, Les Larmes du tigre (2000) et Dix de der (2006) ont été publiées directement sous leur forme intégrale, encore et toujours chez Casterman. Voilà, on a fait le tour. Je disais donc, les deux premiers tomes d'Ergün l'Errant sont franchement loin d'être enthousiasmants. Déjà parce qu'ils sont en couleurs, et parce qu'ils ont pris un sérieux coup de vieux (contrairement à des BD comme Silence, qui elles sont intemporelles). Mais aussi parce qu'ils mettent en scène un héros plutôt ringard, style Rahan du futur, bellâtre blondasse aux manettes de son vaisseau spatial minable. (Non, je n'exagère pas !) Ce gentil monsieur, pacifiste convaincu n'hésitant pas à dégainer ses armes pour défendre les opprimés, se balade dans l'espace depuis qu'il a été banni de la planète Terre, et débarque de temps à autre sur une planète ou dans un lieu étrange et inconnu. La première aventure d'Ergün ne mérite pas beaucoup d'attention, l'intrigue est correcte mais sans étincelles, et ne fait qu'introduire timidement, de manière détournée, le thème du fanatisme et de la religion. Le second tome d'Ergün l'Errant s'égare dans l'excès inverse. Comès nous livre une histoire complètement hallucinée, à base d'Ergün mort-mais-pas-vraiment-qui-est-sorti-de-son-corps-par-accident-et-qui-aimerait-bien-le-retrouver-si-possible-merci. Comble de la ringardise, la version d'Ergün mort-mais-pas-vraiment-etc. se retrouve par la même occasion dépouillée de ses vêtements, à l'exception (allez savoir pourquoi !) d'un simple slip couleur chair, pudique mais pas franchement sexy. Ergün mort-mais-pas-etc. effectuera pendant sa quête un nombre invraisemblable de rencontres invraisemblables ; l'ensemble est tellement métaphorique et abstrait que même en faisant des efforts, on n'y comprend goutte. Dommage, car on voit quand même poindre une réflexion sur la mort et sur la religion, ainsi que les prémisses de la sorcellerie qui fera plus tard les beaux jours de Silence et de La Belette.

Le Dieu vivant, (c) Casterman, 1980
A partir de là, Comès laisse tomber son beau blond (ouf !) qui se retrouvera dès lors entre les mains de Deubelbeiss et Peeters. Eux non plus n'en tireront pas plus de deux tomes.
Comès, de son côté, donne le jour à son premier album véritablement intéressant : L'Ombre du corbeau. On est en pleine guerre mondiale. Un soldat allemand croit se faire tuer au cours d'une bataille, mais se réveille au son étrange d'une flûte, qui le guide vers l'intérieur d'un bois, où il découvre une propriété inexplicablement préservée par les obus et les affrontements... et habitée par quatre personnages énigmatiques. Là encore, le récit est extrêmement métaphorique, mais Comès a appris à le rendre intelligible. On y fait la rencontre des premiers oiseaux qui parlent (deux corbeaux, dont on retrouvera des répliques 25 ans plus tard dans Dix de der, comme c'est curieux...), on y assiste à des scènes oniriques relativement glaçantes, qui mettent en exergue l'absurdité de la guerre et la fragilité de l'existence. Si graphiquement, ce n'est pas encore ça, le décor se met en place pour la parution de LA bande dessinée de Comès : Silence. Il ne fera jamais mieux après.
Silence entre de plein pied dans les thèmes de prédilection de Comès, porte la suggestivité au rang d'art majeur, et à son paroxysme la tension que l'on peut éprouver à la lecture d'un simple tas de papier imbibé d'encre noire. C'est tout simplement renversant. Une intrigue en béton armé, un dessin torturé, des scènes magistralement articulées, un suspense haletant... Les éloges pourraient s'étaler sur des pages. La lecture de cette bande dessinée m'a littéralement fait passer par toutes les couleurs de l'arc-en-ciel. Rouge de colère, orange de soulagement, jaune de dégoût, verte de peur, bleue de curiosité, violette d'excitation de et indigo le reste du temps. Sans oublier le final tragique et beau comme un poème de Baudelaire.

L'Ombre du corbeau, (c) Le Lombard, 1981
Arrivés à ce stade de votre lecture (si vous êtes encore là), vous vous demandez peut-être : et l'humour, dans tout ça ? Didier Comès serait-il un triste sire incapable de susciter le moindre sourire ? Et bien non, même pas. Si l'ambiance de ses premières créations n'est effectivement pas à la rigolade, les choses s'améliorent à partir d'Iris, qui introduit enfin un « personnage » amusant - à défaut d'être incroyablement hilarant. Ce personnage, c'est le chat (par ailleurs magnifiquement dessiné) qui sert d'enveloppe corporelle à l'enchanteur Merlin. Et c'est aussi le principal intérêt de cette bd, qui semble surtout avoir servi de prétexte pour représenter sous toutes ses coutures une jeune fille de 15 ans, qui aurait plutôt la plastique d'une jeune femme de 25, occupée à se trimballer nue ou en sous-vêtements plus souvent que ne le voudraient les impératifs climatiques. Les nains sont également un ressort comique assez récurrent. Comès semble avoir une affection particulière pour cet autre type de marginaux, nains ou êtres difformes, qu'il ne manque pas de convier à plusieurs reprises dans ses œuvres (le tome 1 d'Ergün l'Errant, déjà, puis Silence, La Belette, Eva, L'Arbre-cœur, et enfin Les Larmes du tigre). Evidemment, ces individus ne sont pas victimes de moqueries frontales, Comès n'est pas franchement du genre à faire de l'humour lourdaud. Les nains de Comès n'inspirent ni pitié, ni commisération, ils sont même plutôt du genre malins, voire belliqueux, et leur humour acide fait bien souvent sourire. Les Larmes du Tigre et Dix de der sont ainsi les deux ouvrages les plus drôles de Comès. En particulier le second... qui ne compte pourtant aucun nain. (Ca c'est de la transition ratée.)

Dix de der, (c) Casterman, 2006
Dix de der, c'est le grand retour de Comès à la bande dessinée, après 6 ans d'absence (de 2000 à 2006). C'est à la fois un ouvrage dans la droite lignée de ses précédents (pour les thèmes abordés et pour le graphisme) et qui surprend sur pas mal de points (notamment l'ambiance beaucoup plus légère à laquelle on ne s'attendait pas vraiment). Un jeune « bleu » se retrouve catapulté sur une ligne avancée lors d'une bataille de la Seconde Guerre mondiale. Caché dans un trou d'obus, il y découvre trois fantômes qui jouent à la belote, et attendent désespérément un quatrième convive... Le traitement est à la fois grave et humoristique. La souffrance est bien présente, l'absurdité et la bêtise de la guerre sont représentées avec énormément de force. Et pourtant, c'est presque un sentiment de sourde allégresse qui domine, avec ces morts bavards comme des pies qui commentent la guerre comme un match de football. Et que dire de ces deux corbeaux dans lesquels ont été « réincarnés » deux hommes d'église, un prêtre et son sacristain ? Ces volatiles font partie des personnages les plus corrosifs que Comès ait jamais créés, et la religion catholique s'en prend au passage un sacré coup (ce n'est pas le premier dans l'œuvre de Comès, certes, mais ça faisait longtemps.)
Les Larmes du tigre est quant à lui un récit un peu à part, mettant en scène des indiens d'Amérique, notamment une jeune femme, « Petite-pisse-partout », et un chaman banni de sa tribu, « Parle-avec-le-feu ». La première requiert l'aide du second car elle a perdu son ombre... C'est le début d'une quête et d'un voyage initiatiques, avec leur lot de symboles, d'aventures et de mystères. Le nain qui accompagne les deux jeunes gens est le principal ressort comique de l'histoire, et instaure une ambiance nettement plus légère que ce à quoi Comès nous avait habitués. La dernière planche est encore une fois superbe, comme souvent chez Comès.

Les Larmes du tigre, (c) Casterman, 2000
Peu référencé, l'univers de Comès est sans âge, sans époque. La guerre pourrait être n'importe quelle guerre, les villages des Ardennes pourraient être n'importe quels villages. Les quelques références directes à notre culture sont d'autant plus frappantes : une peluche à l'effigie du Calvin de Calvin & Hobbes dans La Maison où rêvent les arbres, des citations d'auteurs divers et variés, les voitures et la télévision, qui nous rappellent assez violemment que l'on est bien dans un récit contemporain... Ces éléments sont d'autant plus surprenants que les récits de Comès ont quelque chose de réellement universel et intemporel : l'homme, ses travers, sa mécanique interne, ses comportements, sont toujours au centre de ces histoires d'autant plus cruelles qu'elles sont le fruit d'une rare clairvoyance et d'un véritable talent pour instaurer des ambiances, faire monter l'inquiétude et le suspense. Pour toutes ces raisons, et pour bien d'autres encore, Comès est sans aucun doute un très grand monsieur de la bande dessinée. Et un très grand monsieur, tout court.

L'Arbre-coeur, (c) Casterman, 1988
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Bibliographie complète de Didier Comès :
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