Subymona
Billets : 9

Ce blog est propulsé par
une technologie
Krinein + blog = kriblog

Si le coeur bat encore

Subymona - 18/09/2008 à 14:21

 


Si le cœur bat encore est un roman policier suédois très surprenant de Aino Trosell, paru en 2006 en France aux éditions Balland (2000 en Suède).

51804W467VL._SL500_AA240_.jpg

La Suède, encore !

Siv Dahlin, aide-soignante dans un hôpital de Göteborg, est mariée à Jan, un militant syndicaliste qui s'illustre dans la lutte contre les néo-nazis en Suède. A la suite de la mort de sa tante, Ingeborg, et de la découverte que son mari la trompe avec une avocate, Siv décide de s'installer dans l'ancienne maison de sa tante, au nord de la Suède, à la frontière de la Norvège ; presque un autre pays, presque une autre langue.

Partout dans le pays, des militants anti-nazis sont assassinés. Siv, assistant à ces événements de loin, doit se créer une nouvelle vie dans la campagne isolée où demeurent des questionnements sur le comportement de certaines personnes pendant la seconde guerre mondiale : le vieux Mickelsen, chez lequel travaillait Ingeborg, a quitté la Norvège tout de suite après la guerre, achetant, à l'aide d'une fortune dont l'origine est inconnue, une tannerie, dorénavant dirigée par son fils. Les voisins de Siv, Niels, son nouveau confident, et la vielle fille Marianne, qui cache bien des choses, l'aident à trouver un emploi à la tannerie.

Anomalie du genre

Le roman de Trosell est atypique sur bien des points : tout d'abord, exit l'inspecteur solitaire, ce passage presque obligé de la littérature policière ; exit, d'ailleurs, la police. Les assassinats relatés par la presse ou vécus en direct ne sont pas l'objet du livre. Chacun connaît les commanditaires. Mais ils créent une ambiance de mystère, de lutte et, presque, de résistance face au renouveau du nazisme en Suède. Tout cela n'est qu'un arrière-plan, une toile qui se tisse petit à petit autour de l'aide-soignante, par l'intermédiaire de son (ex-)mari, menacé du fait de ses activités, venant en aide à d'autres gens menacés...

Siv, elle, n'a jamais l'éclair de génie des enquêteurs et se dirige pourtant inexorablement vers le centre de la toile ; car Ingeborg est-elle vraiment morte de mort naturelle ? Pourquoi le collègue de Siv, employé à la tannerie, a-t-il fait de la prison ? Quel est l'objet de l'entreprise de Niels, qui dirige tout par l'internet ? Comment un employé modèle peut-il faire une erreur, en plein milieu de la nuit, qui le conduit à la mort ? Etc. etc. puisque Siv, elle-même férue de mystère, en cherche partout.

La rédaction, à la première personne, est une curiosité dans l'univers des romans noirs : outre les réflexions désorganisées de Siv (qui semble décidément bien longue à comprendre, la pauvre), l'auteur nous concocte un livre sans guillemet ni aucun signe apparent de dialogue, si ce n'est un retour à la ligne quand on change d'interlocuteur. Les personnages dialoguent, au discours direct, mais sans ponctuation. Au départ, le lecteur est assez déconcerté par cela, les transitions entre les réflexions internes de Siv et les dialogues semblant parfois ténues. Puis il s'y habitue progressivement. Et grâce aux rares chapitres intermédiaires, qui relatent un assassinat, loin (ou près) de Siv, le lecteur est plus à même de percevoir certains enjeux qui échappent encore au personnage.

Anatomie de l'Histoire

Alors que la Suède n'a jamais été occupée pendant la Seconde guerre mondiale et avait décidé de rester neutre, pour simplifier, Aino Trosell dresse un tout autre portrait de l'idéologie de certains. Ceux qui se préparaient à l'arrivée des nazis de façon fort active - s'assurant une bonne place dans la future société occupée, par des actes effrayants, qui leur semblent toujours aussi importants et justes cinquante ans après.

 

Le roman d'Aino Trosell se concentre évidemment sur une infime partie de la population - comme tout roman policier (scandinave), d'ailleurs, qui présente rarement des situations complètement universelles, leur préférant des drames familiaux, des miroirs inversés de sociétés souvent prises comme modèles économiques, éducatifs ou sociaux. En passant au roman policier, Trosell ne délaisse pas pour autant ses premières amours prolétariennes et engendre un polar dont l'aspect politique est bien plus prononcé qu'à l'accoutumée : au lieu de confier de profondes réflexions sur la société à son personnage (ce qui peut être aussi appréciable, chez d'autres), l'auteur plonge véritablement le lecteur dans la situation qu'elle explore, le laissant libre de ses interprétations. Lui permettant de tisser des réseaux comme s'il assistait, en direct, au bouleversement de ses représentations, intégrant l'espace d'un instant une région qui n'est pas la sienne.

Tags : Livres
Catégories : Livres

Réactions

Soyez le premier à réagir à ce billet.

Rédigez votre commentaire

Code antispam

(recopiez les caractères)