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S'il y a bien un avantage à passer des concours ou à lutter toute la journée pour faire prononcer deux mots vaguement anglais à des hobbits imberbes, c'est de pouvoir rester des heures devant un écran avec l'excuse « j'améliore mon anglais » ou l'excuse « je tente de me rappeler à quoi l'anglais ressemble ».
On est même tellement désespéré qu'on est prêt à regarder n'importe quoi. Et quand on a des amies aussi sériephages que soi, on finit par céder. On remet le premier épisode de Glee et on se promet de dépasser les dix premières minutes cette fois.
Beaucoup de choses sont frappantes dans Glee. Ces élèves sans arrière-plan musical sont capables de chanter comme des professionnels (malgré une uniformisation de leurs voix) : ils connaissent toutes les paroles, toutes les mélodies. toutes les chorégraphies. Les partitions, quand il y en a, ne sont que des accessoires inutiles qu'on écarte.
La série assume le hors-scène : tout est répété minutieusement et les épisodes sont le résultat de ces répétitions. De la même façon, malgré le cadre du lycée, c'est l'extra-scolaire qui domine.
S'il y a quelques scènes de Will Schuester en tant que professeur d'espagnol, c'est évidemment son rôle de directeur de la chorale qui est souligné. William est jeune, dynamique et il illustre l'amalgame de Sue Sylvester, l'entraîneuse des pom-pom girls quand elle s'érige « éducatrice » plutôt qu'enseignante.
Au lycée, tout est important - sauf les cours : c'est une lutte de pouvoirs permanente, une hiérarchie bien établie qui se retrouve dans les vêtements : footballers et pom-pom girls au sommet, tous les autres à la base et les élèves du Glee Club dans un autre univers. C'est l'extra-scolaire qui garantit l'accès à l'université et c'est lui qui détermine la place dans la hiérarchie lycéenne.
What's a cliche? Is that a bad thing?
En se concentrant sur les clichés et sur les quotas répétés régulièrement (obèse, noire, asiatique, « other asian », juifs, gays, blonde écervelée), Glee annule la hiérarchie : toute est source potentielle de subversion. Finn, le quaterback, n'arbore rapidement plus la veste de footballer, même lorsqu'il semble choisir le sport alors que ses brutes de camarades ne se déplacent jamais sans. Le renvoi de Quinn est souligné par la perte de son uniforme ; et la subversion s'insinue lorsque Kurt et Mercedes, bien loin des habituelles pom-pom girls (et pour cause, l'un est un garçon, l'autre est obèse) rejoignent le groupe et gardent ces vêtements à longueur de journée. La confusion est l'un des éléments majeurs du comique de la série.
Les groupes sont perméables : Kurt navigue entre Glee Club, football et pom-pom girls, en y apposant des méthodes qui changeront votre façon de voir un match de football.
Les genres sont perméables, encore une fois grâce à Kurt, celui qui accorde le plus d'importance à son apparence, qui revendique son droit à chanter un thème réservé aux filles.
Et les rangs sont perméables : Mr Schuester, Mr Schue, Mr S ; l'enseignant n'est qu'un élève parmi d'autres, qu'on note, qu'on engage, qu'on met à pied. Un enseignant particulièrement tactile avec ses élèves, qui attend la fin d'une chanson-vengeance pour intervenir, qui invite son élève à déjeuner et ses élèves chez lui. Et un enseignant qui aurait pu être comptable.
Ajoutons à cela Figgins, un proviseur potiche qui change d'avis aussi souvent qu'on lui fait du chantage et qui a tourné une publicité grotesque pour une compagnie aérienne indienne et on obtient la scène de l'assemblée dans l'épisode 2, peut-être l'une des plus représentatives de la série. Les élèves ont passé outre les décisions de Will, qui découvre leur chorégraphie suggestive ; Sue se voit confirmer la débauche d'un tel club, entourée de ses « cheerios », elle qui parle pourtant d'euthanasier les élèves ou de les envoyer à NY avec $35 en poche ; Emma ose danser sans oser, enthousiaste mais coincée et le proviseur se balance les yeux fermés, complètement shooté au son de « Push it » avant de menacer le club de fermeture parce que Sue le lui demande. Oui, la folie règne au centre de la jungle administrative et sociale.
Being part of something special makes you special
Cette scène lycéenne déjantée ne laisse aucun répit à la vie domestique : père tué pendant la 1ère guerre du Golfe, accidents de voiture qui tuent ou paralysent, couple gay qui a un enfant, couple intégriste, familles mono-parentales, femme névrosée...mais tout se fait et se défait en chansons, en répliques à l'humour grinçant. Et si finalement, tout n'était que cliché ?
La mise en scène est artificielle et elle sublime le grave. C'est cela le lycée : de l'artificiel grinçant. L'auto-dérision est partout, il n'y a qu'à voir ce pianiste toujours dans le coin, qui passe plus de temps sur son petit clavier électrique que sur un piano - un piano qui fait des allers-venues entre la salle de répétition et l'auditorium ; il n'y a qu'à voir ces répliques acerbes qui en disent long sur le système éducatif et sur la compétition : entre les élèves pour les solos, entre les enseignants pour le budget et pour les élèves, entre les établissements pour les concours.
C'est parfois facile mais on en redemande parce que c'est drôle, parce que ça met de bonne humeur, parce que ça nous emmène somewhere over the rainbow au son d'un ukulélé.
RéactionsMoi aussi, suis un Gleek, et j'en suis fier ! 
une série rafraichissante qui surfe sur les tendances et les problemes actuels, mélange les genres humains et musicaux et dechaine les passions jusqu'à la maison blanche : juste génial...
vivement la saison 2 !
ok, from the top !
Pas mieux! 
J'adore ce "From the top". La musique est délirante aussi (celle composée pour le show).