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La cité des jarres se divise en trois : à l'origine, un livre (Mýrin, le marais), envoûtant et émouvant roman d'Arnaldur Indridason, paru en 2005 en France (2000 en Islande) ; puis un film, Mýrin, dirigé par Baltasar Kormákur, sorti en Islande en 2006 et entre 2007 et 2008 dans les autres pays (10 septembre 2008 en France). Dans le récit, la cité des jarres est le nom donné à une salle dans laquelle sont conservés les restes d'autopsie (cerveaux, fœtus...) pour peu qu'ils puissent être utiles au recensement génétique de la population.
Le roman m'avait bouleversée, le film m'a laissé un goût amer de déprime. Et de perplexité.
Du début à la fin et vice-versa
Pour résumer le film, il suffit de mentionner tous les effets de symétrie qui l'envahissent : le début et la fin ; la bande-son, se baladant entre berceuse et chants pseudo-religieux qui ne soulignent rien et n'apportent rien ; l'inspecteur qui rentre chez lui et accomplit toujours les mêmes gestes, jusqu'à sa commande habituelle de tête de mouton au McDrive local.
Il suffit de mentionner le montage, d'abord alterné, entre la mort de la petite Kola et le meurtre de Holberg, entre la vie de Örn et l'enquête - un montage qui finit par mélanger les temps, sans prévenir, laissant au spectateur le soin de rétablir la chronologie d'un drame.
Il suffit de mentionner les hésitations de la caméra : ses mouvements presque documentaires sur un terrain accidenté, certains mauvais cadrages volontaires qui scalpent des personnages suffisamment tristes sans cela.
Objectif : Lune
Mentionner aussi les tons résolument ternes : ciel gris, pelouses grillées, tours grises et marron, mer grise, terre accidentée - mais pas grise. Une unité dépaysante qui lie les maisons délabrées au point qu'on en vient à chercher désespérément une touche de couleur qu'apportent à peine les lampadaires. On remerciera donc Holberg, la victime, d'avoir répandu un instant du rouge à l'écran.
Mentionner l'importance des déplacements dans un pays qui compte à peine plus d'habitants que Nantes. L'accueil enthousiaste de quelques rares incongruités salutaires, des plaisanteries mordantes, grinçantes.
Le décalage entre la rapidité de l'enquête et la longévité du mobile, le temps qu'il a fallu à l'assassin pour élaborer son crime ; le temps arrêté d'une île sans mouvement.
Les fichiers génétiques.
La vie familiale.
La vie insulaire.
Le désespoir.
La nuit.
Un gris en demi-teinte
La Cité des Jarres se partage en deux : l'invitation au voyage dans un pays si près et pourtant tellement loin est bloquée par le mur de l'inconnu, par une froideur dans laquelle s'empêtrent les personnages au détriment du spectateur. Le sentiment de malaise ne repose plus sur l'histoire, qui avait tant marqué à la lecture du livre, mais sur sa représentation.
Peut-être la courte durée du film (1h34, format pourtant très raisonnable) empêche-t-elle l'immersion que permettait le livre. Face à l'écran, on ne peut que se sentir complètement étranger à ce monde, en marge d'une société difficilement appréhendable.
Reste qu'on souhaite l'adaptation des autres romans d'Indridason pour pénétrer un peu plus un univers qui mérite, décidément, qu'on l'étudie davantage.
Réactions
De même, à la fin de la projection je ne savais pas trop sur quel pied danser. On est à mille lieues de l'islande que l'on vend dans les agences de tourisme. Les paysages semblent être particulièrement monotones et inhospitaliers, les couleurs ternes, les gens pas franchement sympa... Ca donne un petit côté plutôt hermétique.
Mais finalement, sans s'attacher, on se plonge dans l'histoire, et on commence à apprécier ce background qui semble stérile, mais sur lequel pousse en réalité un drame familial assez effroyable.
Le montage est un peu déconcertant dans la mesure où on doit le remettre dans l'ordre seulement une fois qu'on connaît certaines choses, mais cet appel au spectateur est plutôt agréable.
Par contre, cela donne de la complexité, alors que finalement il n'y en a pas tant que ça...
Au final, je ne saurais dire si c'était déprimant (tu l'indiques, l'histoire elle-même est plutôt faible par rapport à sa réprésentation), mais je peux dire que c'était incroyablement dépaysant (alors que le drame humain rend les choses plus intimes), ce qui me semble être vraiment la force de ce film, et ce pour quoi je pense l'avoir apprécié.
N'empêche que je n'arrive toujours pas à me décider non plus. Mais on est bien d'accord sur le côté dépaysement. C'est vrai que le montage apporte une complexité là où il n'y en avait pas mais c'est l'une des choses que j'ai préférées: au final, on ne s'y perd pas puisqu'on arrive parfaitement à tout remettre dans l'ordre et ces passages de retour en arrière apportent une lenteur supplémentaire (certains diraient peut-être que le film n'en avait pas besoin ^^) qui rapproche du livre, lui-même très lent (c'est très nordique
).
Voilà et puis une critique sur krinein !