¿Sabés lo qué es el snuff ?
En 1976 sort un film intitulé Snuff, qui fait scandale.
Snuff movies, hoax or reality ? Les snuff movies une légende urbaine ?
Telles sont les questions qui apparaissent si vous faites la recherche sur google. Le snuff movie consiste à filmer l’assassinat d’une personne, de préférence violent, avec tortures, éventuellement sexuelles. La cassette est ensuite diffusée en circuit fermé.
En 1996, Amenábar a 23 ans et déjà trois courts-métrages à son actif dont le génial Luna avec Eduardo Noriega et Nieves Herranz qu’on retrouve tous les deux dans Tesis et qui comporte de nombreuses similitudes avec le futur Abre los ojos.
Il réalise rapidement Tesis avec peu de moyens mais d’excellents acteurs.
Angela, une étudiante, prépare une thèse sur la violence audiovisuelle. Elle trouve le corps sans vie de son professeur et entre en possession d'une cassette provenant de la vidéothèque interdite de l'université. Aidée par Chema, un amateur de films gore, Angela mène son enquête et découvre un trafic de snuff movies à l'intérieur de sa faculté.
Angela---Ana Torrent (Cria cuervos par exemple)
Chema---Fele Martínez (qui jouera ensuite dans Abre los ojos ou plus récemment Darkness ou La mauvaise éducation)
Bosco---Eduardo Noriega (Luna, Abre los ojos, L’Échine du diable * entre autres)
Jorge Castro---Javier Elorriaga (Les yeux bandés)
Le professeur Figueroa---Miguel Picazo (L'esprit de la ruche)
Sena---Nieves Herranz (Himenoptero, Luna - deux courts métrages d’Amenábar)
Yolanda---Rosa Campillo (euh...Tesis ^^)
Voir à ne pas montrer
S’attaquer à un sujet aussi délicat que les snuff movies, pour un premier long métrage équivaut à prendre le risque de tomber dans une surenchère de violence afin d’écœurer le spectateur, en clair de se laisser dépasser par son propos.
Amenábar au contraire le maîtrise du début à la fin en explorant déjà le mécanisme qui sera sa marque de fabrique : la suggestion (cf Abre los ojos et The Others **).
Il n’est pas utile de montrer Vanessa (la victime du snuff) se faire tabasser, tirer une balle dans la tête puis dépecer. L’overdose de dégoût peut conduire le spectateur à se protéger par l’indifférence, le rire ou le bouton « stop » de sa télécommande.
Là où certains s’accordent deux heures de supplices plus sanglants les uns que les autres pour transformer un homme en steak haché***, Amenábar exploite les outils du suspense.
Que les amateurs de gore se réjouissent, ils auront droit à quelques images de Vanessa ensanglantée, vivante, se faire frapper par un assassin/une meurtrière bien peu désireux/se que son nom soit révélé.
Nécessaire ? Eh bien d’une certaine façon oui.
Cela permet à Chema de faire sa démonstration : hop, regarde ! Nan t’as pas vu ? Je rembobine et...là ! Le film a été coupé, paradoxal pour un genre qui se targue de filmer la mort en direct.
Il faut « montrer au public ce qu’il veut voir », en l’occurrence du sang et un peu de tripes découpées quand même. De plus, l’identification avec la victime (avec un personnage en général) est, au cinéma, facilitée par la vue : les photos et les hurlements ne suffisent pas, il faut un visage, des mouvements, des expressions. L’imagination du spectateur doit être dirigée et stimulée par un point d’origine. Les images de Vanessa ne sont pas réellement plus choquantes que celles des morts sur les cassettes de Chema, qui ressemblent fort à ce que montrent parfois les Journaux Télévisés.
Te voy a matar (et à mater)
Le film privilégie essentiellement le point de vue d’Angela, touchante Ana Torrent qui parvient à exprimer la terreur ou l’indécision en quelques regards mais tout en retenue, dont le but principal est de rester en vie. Pour cela, il lui faut identifier l’homme de la cassette (ce n’est pas une révélation, la taille, la démarche et les bras nus montrent clairement que c’est un homme et pas une femme qui frappe Vanessa) et éviter de se faire repérer par lui. Il y a théoriquement trois types de personnes liées au snuff movie : 1)- la victime ; 2)- les commanditaires qui filment et tuent ; 3)- le circuit fermé qui diffuse les cassettes. Concrètement l’hypothèse Figueroa/Chema/Angela «ben-on-est-tombés-dessus-par-hasard » n’est pas possible.
Sa tension nerveuse est évidente comme le montrent les fuites face à Bosco et Castro, la scène du tournage des contre-champs, la scène déconseillée aux claustrophobes etc.
Elle est alors en proie à un dilemme vital : à qui faire confiance ? Bosco, séduisant, séducteur, mystérieux, un regard amusé quasi-permanent, que tout accuse ? Le suspect numéro 1, peut-être un peu trop évident est un personnage dont l’ambiguïté est surtout due à l’indécision d’Angela à son égard. Elle est clairement attirée par lui, mais doit s’en méfier. La scène de la chambre est exemplaire : alors même que les arguments de Bosco sont justes (éclairage, distance focale, le fait qu’ils étaient plus près la veille), Eduardo Noriega peut faire surgir l’inquiétude par un seul regard soutenu, un sourire ironique ou par une phrase à double sens (« ça tue de trop parler »).
Ou Chema, un Fele Martínez méconnaissable dans ce rôle de marginal qui incarne un personnage à la fois dérangeant et rassurant ? Rassurant par sa gentillesse, prévenant, cherchant à protéger Angela, sans doute jaloux de Bosco (« c’est lui ou moi », « tu t’es éprise du méchant imbécile » etc.). L’aspect dérangeant provient évidemment d’un préjugé que l’on peut avoir à son égard. Une porte de chambre peinte en rouge sang, des cassettes gores, pornos en tout genre, j’en passe, qui emplissent son armoire, une croix celtique sur son lit, des posters et des t-shirts tous plus violents les uns que les autres (squelettes, têtes de mort, l’apogée étant sans doute le t-shirt « Cannibal Holocaust »). Sans parler de la scène où il tourne la mort de Vanessa en dérision en l’imitant, psalmodiant « por favor, por favor » d’une petite voix - le regard d’Angela est alors éloquent - .
Cependant Amenábar prend également soin d’avoir recours au niveau 1 du suspense : donner au spectateur une information dont ne dispose pas le personnage (vous savez, le niveau qui fait dire à la fille au début de Scream 2 dans le cinéma : « non pas par là » alors qu’elle sait pertinemment que l’autre ne peut pas l’entendre). L’assassin possède une caméra XT-500... Angela aperçoit cette caméra et se déplace afin d’en voir le propriétaire. La focalisation interne disparait quand elle passe dans le champ et est filmée. Le spectateur la voit par le prisme de la caméra, mais elle ignore qu’elle est sur la pellicule. L’exemple le plus frappant (sans compter les scènes coupées) a lieu dans le bureau du professeur Jorge Castro qui dirige la thèse d’Angela depuis la mort de Figueroa. Chema l’appelle au téléphone. Castro lui propose alors d’aller dans la pièce d’à côté mais il dispose d’une sorte de standard qui lui donne la possibilité d’entendre toute la conversation. Chema ordonne à Angela de trouver un prétexte pour quitter le bureau. Quand il raccroche, elle fait semblant de continuer à parler : elle ignore que Castro écoute sa communication et qu’il sait que Chema n’est plus sur la ligne.
Le jeu de l’ombre
Amenábar joue aussi sur les regards et les expressions des acteurs. Plutôt que de montrer le massacre de Vanessa, il s’attarde sur ceux qui le regardent. Ainsi, même Chema, Chema pourtant rodé à la violence audiovisuelle, paraît horrifié, ce qui ne présage rien de bon. Ce procédé se voit en plus affublé de hurlements et de bruits de tronçonneuse peu ragoûtants selon le principe bien connu que l’imagination n’a aucune limite...
Les personnages sont au moins épargnés par la musique, composée par Amenábar himself, savamment distillée. S’il utilise les outils du cinéma, il utilise aussi les grands classiques de la musique en variant les intensités, les tempos, les accentuations (temps forts/temps faibles), en mélangeant des instruments à cordes, avec une préférence pour le piano qui permet d’allier grave et aigu dans la même mélodie, les tymbales et de manière plus générale la percussion qui peut rapidement faire monter l’angoisse. A cela s’ajoutent les sons (ah ce sifflement de fin de programme qui en fait débute la cassette du snuff movie). La virtuosité dont il fait preuve transparaît surtout dans la scène de la bibliothèque, qui marque le rapprochement d’Angela et de Chema, pourtant différents. Le silence règne dans une ambiance de travail et le réalisateur alterne les plans, sur les cours impeccables d’Angela et ceux, gribouillés de Chema, sur leurs yeux qui se croisent. Chacun se voit attribué une musique, qu’il/elle écoute avec un baladeur. Du classique pour mademoiselle. Du métal pour monsieur. Il finit par se lever et venir la voir. Leur complicité commence.
Mention Très Honorable
Avec Tesis, Amenábar signe un petit bijou d’angoisse ainsi qu’une réflexion sur le cinéma et les images en général. La mise en abyme amorce un questionnement sur la curiosité parfois déplacée du spectateur et de l’homme pour la violence et la mort. La scène d’ouverture où la plupart des voyageurs (dont Angela) cherchent à apercevoir l’homme qui s’est jeté sous le train - à l’exception d’une femme qui se cache derrière son journal - et la phrase prononcée par le contrôleur (« ne soyez pas morbides ») en sont l’illustration.
La phrase récurrente, le leitmotiv de Castro : « montrer au public ce qu’il veut voir » sous-entend que les films violents, voire les snuff movies ne seraient en fait que des réponses aux attentes de spectateurs. Je retiens également les scènes où Chema et Angela visionnent des cassettes. Celles du jeune homme, à qui Angela demande : « il y a des gens qui regardent ça ? » « Toi par exemple ». « Ce n’est pas un plaisir pour moi. Ca me dégoûte ». Son meilleur « argument » dont elle use aussi avec Figueroa est que ces images ne lui paraissent pas intéressantes à elle, c’est « pour [son] travail ». Un peu vaseux comme argument (elle l’a choisi son sujet...).
La dernière scène, si belle soit-elle, est pour moi la constatation d’un échec ou l’annonce d’un cycle sans fin, comme si toute l’aventure que venait de vivre Angela était vaine. Personne ne semble décidé à éteindre la télévision...Ferions-nous la même chose ? Amenábar agit à notre place, ces images il ne les montrera pas et le film s’achève sur l’avertissement donné par la télévision quant à la violence de l'extrait.
A noter : Si comme moi vous vous êtes interrogés sur la signification de la question récurrente de Bosco : de quelle couleur sont mes yeux ? (au moins trois occurrences plus une en flash-back), sa présence dans le film a une explication. Au départ je cherchais des symboles tels que l’œil en tant qu’instrument de témoignage et du voyeur. Ou bien, après tout Tarantino a les pieds pourquoi Amenábar n’aurait-il pas les yeux ? (Abre los ojos...)
Malgré tout, j’ai à tout hasard tapé : ¿ dé qué color son mis ojos ? Tesis. Et j’ai eu plusieurs résultats parmi lesquels un site en espagnol évoquant un film de Julio Medem, datant de 1993, La Ardilla roja (qui a obtenu un prix à la 15aine des réalisateurs).
Au moment où Jota s'apprête à se suicider en se jetant à la mer d'un parapet élevé, une moto s'écrase devant lui. Il porte secours au conducteur et s'aperçoit en soulevant le casque du motard qu'il s'agit d'une jeune fille qui ne se souvient de rien et ignore même jusqu'à la couleur de ses yeux.
Il semblerait que la phrase de Bosco soit tirée de ce film dont le réalisateur aurait inspiré Amenábar.
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* La critique de L'Echine du Diable sur Krinein :http://www.krinein.com/cinema/echine-diable-l--7213.html
** Les critiques des Autres sur Krinein : http://www.krinein.com/cinema/autres-1551.html
A voir aussi, la critique du malheureux remake de Abre los Ojos, Vanilla Sky (remarquez, il est peut-être bien mais j'aime tellement l'original que...) : http://www.krinein.com/cinema/vanilla-sky-483.html
*** La Passion du Christ : http://www.krinein.com/cinema/passion-christ-1471.html
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