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Le soir tombait lentement sur la forêt, le vieil homme se hâtait vers
sa maison. Il rentrait du village, pressé de pouvoir boire un verre
d'hydromel devant un bon feu de cheminée. Il connaissait la forêt comme
sa poche, elle était sa seule amie, la seule en qui il avait confiance,
les arbres ne mentaient jamais, ne recherchaient jamais le profit, ne
posaient jamais de questions indiscrètes. Elle contenait bien sur des
dangers, mais il les connaissait depuis tout ce temps. Voyant le jour
décliner rapidement, il se hata, maudissant ce bourgeois d'avoir mis
autant de temps à choisir ce qu'il allait lui acheter. En effet, il
avait pris l'habitude de récolter des plantes, des racines, d'en faire
des potions, et de les vendre pour subvenir à ses besoins.
Un cri déchira l'air du soir, faisant sursauter Bagelius, le vieil
ermite. On aurait dit une voix de femme, emplie de terreur. Un deuxième
cri se fit entendre, non loin de lui. Sans prendre le temps de
réfléchir, il déposa son barda sur le bord du chemin et se mit à courir
en direction des cris. Il arriva dans une petite clairière, il y vit
une demi douzaine d'elfes sylvestres entourant une de leur pair. Elle
était dos à un arbre, une flèche plantée dans l'épaule, le visage
tuméfié. L'un des elfes, sans doute le chef, avait une main sur la
gorge de la jeune femme.
"- Ou est-il ? Dis moi où il est ? Ou tu mourras ?
- Je suis déjà morte de toute façon, je n'ai plus rien à perdre. Tu as échoué dans ta mission. Il vivra !!
- Tu n'es pas encore morte, ton agonie sera longue, tu as trahie ta propre race !"
De son autre main, il toucha la flèche, et la tourna, provoquant un
nouveau cri de douleur à sa victime. Bagelius sentait monter une
vieille rage en lui, un douloureux souvenir lointain, un échec, mais
cette fois, les choses seraient différentes. Peu importe qui elle
était, peu importe qui avait raison ou tors, il détestait la violence
et la barbarie.
"Assez !!! Laissez la en paix".
Le groupe se retourna comme un seul homme pour faire face au nouveau venu. Le chef pris la parole :
"- Qui es tu ?
- Un vieil ermite qui ne tolère pas ce genre de pratique dans sa forêt.
- Reste en dehors de ça vieux fou, ou il t'en coutera ! Je n'aurais aucun scrupule à te tuer.
- Dans ce cas !! Mais vous êtes six et je suis seul... Vous n'avez pas la moindre chance !"
Il ferma les yeux et se laissa envahir par l'énergie magique, sa
plus fidèle allié. Une aura bleutée commença à entourer son corps. Il
pouvait ressentir la magie de la forêt, le groupe d'homme, la vie
quittant peu à peu le corps de la jeune fille, les nuages, le ciel, la
terre, il ne faisait plus qu'un avec l'univers. Elrior écarquilla les
yeux, ce vieux fou semblait être un mage puissant, se pourrait il qu'il
soit ?? Non pas possible, ça ne pouvait pas être lui... Ce fut sa
dernière pensée avant d'être frappé par une décharge d'énergie magique
et de s'écrouler mort, comme tous ces hommes.
Nerilca rouvrit les yeux, la douleur la vrillait, son corps n'était
plus que souffrance, elle sentait le poison couler en elle, et
s'étendre un peu plus à tout son être à chaque battement de son coeur.
Bagelius s'approcha d'elle, et lui sourit :
"- Ca va aller maintenant, vous ne risquez plus rien.
- Merci puissant magicien, mais c'est trop tard, vous ne pouvez
plus rien pour moi. Le poison dwin'flek est mortel et incurable.
- Qu'avez vous donc fait pour qu'ils utilisent ce poison ?
- Je n'ai pas le temps de vous compter mon histoire, mais j'ai besoin
de votre aide. J'ai caché ce qu'il cherche dans une souche, à quelques
pas d'ici, dans une clairière. Il y avait un arbre avec des traces
d'ours dessus, vous devriez...
- Je vois où c'est, calmez vous, tentez de respirer calmement.
- Vous ne pouvez plus rien pour moi, et ce que je protège est de la
plus haute importance, vous devez y aller sans perdre de temps.
- Je ne peux vous laisser ainsi.
- Vous en avez déjà fait beaucoup plus que vous ne le pensez, vous
m'avez rendu espoir, il sera bien avec vous si vous êtes bien la
personne que je pense.
- Que vous voulez vous dire ?
- Vous êtes Maître Bagelius n'est ce pas ? Vous êtes l'un des plus grands mages de ce royaume.
- Je l'étais, mais la folie des hommes m'a conduit ici.
- Alors c'est la meilleure chose qui pouvait nous arriver. Je peux
partir l'esprit en paix, je peux arrêter de lutter et laisser la mort
m'emporter. Merci pour tout, veillez sur lui, il est notre bien le plus
précieux... Jurez moi que vous allez vous en occuper.
- Je ne peux…
- Jurez le !!!
- Très bien, je vous jure de m'occuper de votre trésor."
Elle ferma les yeux et se laissa glisser le long de l'arbre.
"- J'ai votre parole… Allez maintenant, laissez moi mourir seule, laissez moi seule avec la forêt".
Il obéit, il ne pouvait plus rien pour elle. Il retourna à la route
et récupéra son barda avant de se diriger vers l'endroit qu'elle lui
avait indiqué. L'affaire devait être grave, vu les moyens utilisés. Il
n'aimait pas ça. Il arriva à la clairière et repéra la souche qu'elle
lui avait décrit. Il s'en approcha et sursauta en entendant un cri
venant de la souche: un cri de nouveau né.
"Je commence à comprendre."
Il retira le camouflage que la jeune femme avait mis et sorti le
couffin. Il s'arrêta net en voyant une petite main en sortir, une main
avec la peau de couleur matte.
"Par tous les dieux, quelle abomination !!"
Il ôta rapidement les couvertures et regarda l'enfant, un elfe
noir, il ne devait avoir que quelques jours, peut être une semaine tout
au plus. Une vieille colère remonta à la surface de son esprit, une
haine ancestrale envers cette race maudite.
"Elle voulait que je protège un elfe noir ? Après ce qu'ils m'ont fait !".
Comme si il l'avait entendu, le bébé ouvrit les yeux et regarda
l'humain. Bagelius fut stupéfait par la couleur de ses yeux… Verts
émeraudes, ceux d'un elfe sylvestre.
Il chercha dans les langes de l'enfant et ne trouva qu'une chevalière. Un dragon orné d'un cavalier.
"Je ne sais pas qui tu es vraiment, mais je crois que tu es
vraiment quelqu'un d'important. J'ai juré de te protéger, je le ferais.
Mais tu ne saurais rien de ton passé. ". C'est ainsi que Bagelius
recueillis Umbriel.
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"- Umbriel, dépêche toi !
- Oui grand père, j'ai presque fini !
- Ca va être froid !"
Le jeune garçon entra en trombe dans la pièce, les mains encore
humides. Bagelius le regarda avec un sourire, ce qu'il avait grandit.
La cohabitation avec lui avait été difficile au début, s'occuper d'un
nouveau né avait été laborieux, mais c'était le passé, il était devenu
le fils (ou plutôt le petit fils vu leur différence d'âge) qu'il
n'avait jamais eu et un apprenti exceptionnel. Bagelius voulait le
protéger le plus possible du monde extérieur, les rares fois où il
l'avait accompagné dans des lieux publics s'étaient soldées par des
catastrophes. Il avait du lui expliquer la haine et la peur
qu'inspiraient sa race. Mais comme tout ceux de sa race, il avait un
don pour la magie, il sentait en lui une puissance qui ne demandait
qu'à éclore, qu'à émerger et à grandir. Mais il fallait la canaliser,
et seul, il ne pourrait pas. Il se doutait qu'un jour l'élève
dépasserait le maître, il fallait donc lui trouver un endroit
approprié.
"- Il est temps pour toi d'aller à l'école. Vu tes compétences et
ta facilité avec l'art de la magie, j'ai décidé de t'envoyer à Tira
Nerïs, l'école des maîtres dragons. Tu commences après demain, tes
affaires devront être prêtes."
Umbriel laissa exploser sa joie, il allait enfin pouvoir voir le monde extérieur et l'intégrer.
"L'école est un endroit sacré, et tu ne devrais pas y être
importuné bien que tu sois un elfe noir, toutefois, il est important
que tu fasses très attention à toi, que tu restes en retrait, les gens,
aussi ouverts d'esprit qu'ils soient, ne t'accueilleront pas à bras
ouverts. Tu devras être prudent. Mais ça sera le meilleur apprentissage
qu'il soit : celui de la vie. Tout ce que tu dois savoir, tu le sais
déjà, il ne te reste plus qu'à le mettre en application."
Ainsi, Umbriel quitta la demeure qu'il connaissait depuis 17 ans,
partagé entre la tristesse de quitter son "grand père" et maître, et la
joie de découvrir d'autres horizons.
< A suivre >
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