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Umbriel avait fini par se faire quelques amis
lors des fêtes de village. Son déguisement lui permettait de passer
inaperçu. Ils étaient tout une bande, mais il y avait Galvorn, le fils
du forgeron, le portrait tout craché de son père, grand et large
d'épaule, Faëlon, un demi elfe et la belle Lisyune, jeune humaine au
tempérament de feu. A la grande surprise de tous, plutôt que de choisir
l'un des enfants du village, elle avait préféré Umbriel. Ils étaient
diamétralement opposé de caractère, elle, impatiente, tranchée et
entière, lui, calme, patient, toujours à chercher le compromis. Le
groupe avait une mascotte : Pegehel. Et ce dernier adorait se faire
caresser la tête par Lisyune, tout en étant ses bras. On ne se rendait
pas compte à quel point la vie d'un lapin "parlant" pouvait être
éprouvante.
Un après midi, ils se promenaient tous les quatre sur l'un des sentiers
de la forêt tout en discutant, lorsqu'ils les virent arriver une
dizaine de cavalier, lourdement armés. Umbriel se sentit mal, il eu un
mauvais pressentiment en les voyant, quelque chose dans son esprit le
mettait en garde contre ces hommes. Ils s'arrêtèrent au niveau des
adolescents.
- Holà jeunes gens, pouvez vous me dire
où se trouve le village le plus proche. Mes soldats et moi somment
épuisés et nous avons besoin de repos.
Les adolescents se regardèrent un instant, se comprenant à demi mot. Galvorn prit la parole.
- Simple, vous en trouverez un à quelques lieus d'ici, en prenant vers le nord au prochain embranchement.
- Pas plus près ?
- Non, où alors je ne connais pas.
- Très bien, merci.
- A votre service, Mon seigneur.
L'homme fit faire quelques pas à son cheval puis s'arrêta. Umbriel se
sentit envahir par un étrange sentiment, il ne se sentait pas en
sécurité, quelque chose allait arriver, il le sentait. Il fallait
partir, et vite...
- Mais dites moi et vous même, vous venez d'où ?
- D'une ferme isolée pas très loin d'ici.
- Oh vous êtes un groupement de fermier ?
- Non non, d'une seule ferme, nous sommes frères et soeur.
Galvorn commençait à s'embrouiller... "Frères et soeur" alors qu'il y
avait un elfe, un demi elfe et deux humains, cela semblait bien
étrange.
Allons jeune homme, ne vous moquez pas de moi. Nous ne souhaitons que nous reposer, rien d'autres.
Umbriel attrapa le bras de Galvorn, et lui murmurra :
- Je ne les sens pas, il faut fuir... Et vite... Ce sont des pillards je pense.
- Je pense aussi.
Ils se regardèrent, puis, comme un sens homme, s'enfuirent dans les
bois en deux groupes : Faëlon avec Galvorn et Lisyne avec Umbriel. Ils
courraient sans se soucier de où ils allaient, cherchant simplement à
fuir cette menace potentielle. L'ordre du meneur glaça le sang
d'Umbriel : Laissez les deux autres gamins, je veux la fille.
Quelque chose frappa l'elfe noir dans le dos, coupant son souffle et le
projetant au sol. Il avait l'impression d'avoir reçu un violent coup de
poing. L'humaine s'arrêta, voulant lui porter secours.
- Va-t-en, tu sais ce que tu risques, tu sais ce qu'ils veulent.
- Pas sans toi, je ne te laisserai pas.
- Aie confiance, je peux m'en sortir seul.
- Hors de question.
Elle l'aida à se mettre debout et les cavaliers les rejoignirent à ce
moment là, les encerclant en riant. Quelques instants plus tard, ils
étaient maintenus tous les deux par deux hommes. Le chef descendit de
son cheval : Un peu jeune mais tout à fait à mon goût. Je pense que tu seras à celui de mes hommes aussi. Pour toute réponse, Lisyune lui cracha au visage. Il la gifla.
Laissez la tranquille ou gare à vous !
Le chef se tourna vers Umbriel, et fit un signe à son second. Ce
dernier se plaça devant Umbriel. Et lui asséna un violent coup de poing
dans le ventre.
Il a dit quelque chose le tout petit ?
L'elfe s'effondra, juste maintenu par les deux gardes. Pendant ce
temps, son amie fut plaquée contre un arbre, elle donnait des violents
coups de pieds, tentant de se défendre comme elle pouvait. Le chef la
gifla violemment une nouvelle fois, l'assommant presque. Umbriel
entendit un bruit de tissus déchiré... Il se sentait impuissant,
frustré...
Quelque chose se réveilla en lui, fit surface, une vague de colère
le submergea, une haine sans nom, ancestrale et puissante. Il sentit
son corps habité par une énergie nouvelle, par une force qu'il ne
soupçonnait pas. Il avait l'impression d'être devenu un soleil ardent,
d'être une boule de lumière tellement il sentait la chaleur en lui...
Il fit le visage du chef, pétrifié de terreur avant de... s'éveiller.
Il était dans la clairière, torse nu. Lisyune était contre l'arbre,
évanouie. Il n'y avait personne d'autres, juste quelques petits tas de
cendre. Il se mit debout, et tenta de l'éveiller.
Lisy ? Tu m'entends ?
Elle ouvrit les yeux, souriant en entendant la voix de son aimé, avant de pousser un hurlement en le voyant...
- Tu... Tu es... un elfe noir !! Une de
ces créatures de l'enfer... C'est toi qui les a tué !! Tu es un
monstre, va-t-en, laisse moi !
- Lisy ? Mais c'est moi, c'est Umbriel.
- Va-t-en démon. Ne m'approche pas... Au secours... A moi...
Des voix d'homme se firent entendre : Par là, ils sont par là !!
Quelques instants plus tard, des villageois arrivèrent dans la
clairière, accompagné de Galvorn et Faëlon. Ils se précipitèrent vers
Lisyune, puis voyant qu'elle semblait aller bien, ils se tournèrent
vers Umbriel. Ce dernier avait saisit que son maquillage avait sans
doute disparut. Il tenta de se justifier.
- Elle n'a rien, je l'ai sauvé, je sais pas comment mais je l'ai sauvé.
- Bibi ?
- Bah oui, Bibi…
- Tu es un elfe noir ??!! C'est pas possible !!?? Toi… Toi qui était si doux et gentil… Tu nous cachais bien ton jeu.
- J'ai toujours été moi-même avec vous… Je…
Les villageois commençaient à s'énerver, il voyait là un mauvais
présage en lui, un démon, il fallait le tuer… Le père de Galvorn
intervint :
Tu n'as rien à faire ici, engeance. Le
fait que tu aies sauvé cette jeune fille, dans des circonstances
douteuses, ne change rien. Si tu dis vrai, tu as tué une dizaine
d'autres pour la défendre, sans avoir conscience de ce que tu faisais,
je crains alors pour la vie de tous ici, sur ce que tu pourras faire
quand tu seras en colère…
Umbriel ne trouva pas la force de protester. Le forgeron avait raison, il avait senti cette colère, cette haine…
Laisse
moi revenir, laisse moi t'aider, nous les tuerons tous jusqu'au
dernier, leurs sangs abreuvera la terre de cette forêt, la souillant
par la même occasion.
L'elfe noir se prit la tête à deux mains, en hurlant : Sort de mon corps !! Abomination !!
Pauvre fou, je fais parti de toi, tu ne peux me renier, je serais toujours à l'intérieur ton corps.
Le père de Galvorn vit que les autres villageois commençaient à
ramasser des pierres. Le gamin semblait perdu, dépassé par les
événements. Il ne portait pas de trace de haine en lui. Un court
instant, il eu pitié de lui, comprenant qu'il faisait parti des rares
elfes noirs non mauvais. Il ne méritait pas d'être lapidé… Il se
souvint d'une autre elfe noire, une autre vie : Sorcha… Paie ta dette maintenant.
Fuis mon garçon, part loin de ce
village et n'y revient jamais. Evite les gens et court, car ta race est
maudite… Je te promet que nous ne partirons pas à la poursuite, mais
fuis et vite.
Umbriel ne chercha pas réfléchir, il se mit à courir, courir pour sauver sa vie.
- Zordan, pourquoi l'avoir laissé partir ? Il est le mal incarné.
- Je sauve vos vies. Il pourrait vous tuer sans en avoir conscience. Et
il ne le voudrait pas. Umbriel était connu pour être un gentil gamin,
ne le jugez pas par sa couleur de peau. Laissez le vivre.
- Mais il reviendra. Il cherchera vengeance.
- Je ne pense pas. Il sait ce qu'il est. Sinon, il n'aurait jamais
pris la peine de se déguiser. Il sait la peur et la haine que sa race
inspire.
- Hors de question de le laisser vivre, je ne veux pas prendre le risque. A mort !!
- Non !!
Quelqu'un donna un violent coup de bâton à Zordan, qui tomba sur le sol
assommé. Les villageois s'élancèrent à la poursuite du jeune elfe noir.
Ils ne mirent pas longtemps pour le rattraper. Il était dos à un arbre,
torse et pieds nus, terrorisé, tremblant de peur. Face à lui, une
trentaine de villageois assoiffés de haine, de revanche. Il regarda
Lisyune, cherchant dans son regard un peu de soutient. Elle ramassa une
pierre et lui lança avec force. Ce fut le début des hostilités. Ils se
jetèrent sur lui, le rouant de coups de bâton, de pieds et de poings.
Il perdit connaissance.
Ca suffit !!
La voix était forte et claire, suffisamment pour les impressionner
et les arrêter net dans leur élan de haine. L'homme entra dans la
clairière, les écrasant de sa hauteur. Il devait faire plus de deux
mètres, large d'épaule, en armure de plaques complètement. Il devait
avoir une quarantaine d'année, des yeux bleus très clairs, presque
blancs. Ils avaient l'impression que son regard les transperçaient. Ses
cheveux étaient roux, il portait une barbe de la même couleur,
soigneusement entretenue. Une grande cape bleu sombre était accroché
aux épaulettes de son armure. Il s'approcha de l'attroupement, et les
écarta. Il regarda le jeune homme au sol, le corps tuméfié.
- Finissez le seigneur, il doit mourir.
- Pas encore… Ou du moins, pas comme ça.
- Il est le mal, il doit mourir.
- Qui es tu pour juger qui doit vivre et mourir ? Qui es tu pour
décider de la vie ou de la mort d'une créature douée d'intelligence.
Est ce qu'il t'a cherché à te nuire ?
- Non du tout, mais…
- Alors, tu n'as pas à juger.
L'homme se pencha sur Umbriel, puis il le prit dans ses bras.
La crainte passée, les villageois commençaient à réaliser, que leur
proie allait leur échapper. Le plus "hardi" d'entre eux, se plaça dans
le dos du chevalier et le frappa de son bâton. Il y eu un bruit sourd,
et un murmure de stupeur se fit entendre… Le géant avait déployé des
ailes pour se protéger, de grandes ailes blanches, celles d'un ange.
- Un ange ? Comment .. ?
- Archange s'il te plaît !!
Il eut un rire amusé, puis d'un grand coup d'aile, il quitta la terre ferme.
L'elfe noir reprit connaissance. Le vent sur son visage l'avait ramené à lui
- Qui êtes vous ?
- Quelqu'un qui ne te veux aucun mal. N'aie crainte. Je vais te ramener chez toi.
De sa main gauche, il plaquait le corps d'Umbriel contre lui, de la
droite, il lui toucha le front, et ses blessures disparurent.
Repose toi maintenant. L'elfe tomba dans un profond sommeil réparateur.
L'archange se posa près d'un ruisseau. Laissant Umbriel dormir. Il regarda un instant son visage.
Je serais toujours là pour te protéger,
Umbriel, toujours. Ainsi je l'ai promis à tes parents. Tu n'auras pas
une vie facile et il y aura d'autres épreuves, bien pires que celle ci.
Mais quoi qu'il en soit, je serais là.
Il posa sa main sur le front du jeune homme, puis il quitta la petite
clairière. Il repéra un gros arbre, et commença à en faire le tour.
Lorsqu'il se retrouva de l'autre côté, il n'était plus un homme mais un
étrange lapin… Il retourna près du corps de son maître, et s'assit près
de lui, savourant ces quelques instants de calme. Il sourit, ils
allaient vraiment de pairs tous les deux. Sous leurs apparences de
démon, ils étaient tout autre chose.
Il regarda un instant le ciel, et vit deux visages lui sourire. Celui
d'un elfe noir et d'une elfe sylvestre. Il leur adressa un clin d'œil :
Ne vous inquiétez pas, je veille sur lui !! Il n'arrivera rien à votre petit. Je vous l'ai promis.
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